samedi 16 février 2013

« Dis moi comment tu te parfumes, je te dirai qui tu es » – Les Garçons aux Foulards se dévoilent au fil de leurs essences.



Nombreux sont ceux qui, depuis bientôt deux ans, au fil de nos aventures et de nos articles nous ont demandé à la dérobée d’un message d’en dire un peu plus sur l’identité des Garçons aux Foulards. Fidèles à nos principes, nous ne sommes certes pas encore prêt à nous placarder en 4X3, mais voici en tout cas un début de réponse que les plus fins nez sauront sans doute décrypter. Car comme le disait si justement Brillat-Savarin dans la citation qui l’aura rendu célèbre « Dis moi ce que tu manges et je te dirais qui tu es », ou plutôt, « Dis moi quel parfum tu portes, je te dirai qui tu es »… C’est en partant de ce postulat que nous avons décidé de vous livrer un portrait olfactif à deux plumes, vous dévoilant sans doute l’un des éléments les plus intimes de nos personnalités – nos parfums.



© Histoire de Parfums - Les Garçons aux Foulards


Initié à l’amour des parfums depuis mon enfance par ma maman qui en est toujours une collectionneuse avertie, je n’oublierai jamais le plaisir que j’avais à déboucher ses flacons joliment disposés et en humer les différentes notes et essences qui m’émerveillaient. De cette période, j’ai gardé en mémoire un attrait pour les parfums Chyprés, étonnantes associations de notes vertes et fleuries et pour les Orientaux et leurs notes riches et ambrées. J’ai compris ainsi en me penchant sur l’histoire de certains parfumeurs et leurs plus célèbres créations qu’un parfum n’était, n’en déplaise  à nos amis marketeur, ni rose (pour les filles), ni bleu (pour les garçons) – crime de lèse-majesté parfumé absolu. Vecteur sensoriel à forte charge émotionnel, les parfums pour me séduire, doivent allier profondeur et belles histoires. Fidèle dans mon infidélité (j’en porte quatre différents), j’ai réussi ainsi à trouver au fil des années l’équilibre me permettant d’allier différentes essences et styles, évitant toute lassitude, alternant les parfums au fil des mois et des saisons.

Scent - Costume National

Sans doute l’un des parfums les plus étonnants qu’il m’ait été donné de sentir, il m’aura fallut de nombreuses années pour l’apprivoiser, enfin l’adopter et maintenant ne plus m’en passer. Ou plutôt ne plus m’en passer au fil des longs mois d’hiver durant lesquels je m’y enveloppe avec bonheur, telle une riche et confortable protection qui me réchaufferait de ses effluves ardents.

© Scent - Costume National

Crée en 2002 par le nez Laurent Bruyère, en collaboration avec Ennio Capasa, le Directeur Artistique de la griffe italienne, Scent allait à contre courant de tout ce que l’univers de la parfumerie pouvait proposer  alors. Parfum mixte tout d’abord, l’idée ne pouvait que me plaire, reprenant l’un des principes initiaux de la parfumerie ou les jus n’étaient pas sexualisés.

Son flacon ensuite alliant sobriété et épure d’un flaconnage transparent inversant les proportions classiques de hauteur et de largeur, volontairement sans capuchon, simplement marqué d’une étiquette noire et minimale, faisant écho au style du créateur qui donna ses lettres de noblesses sur les podiums aux références rock et chic.

Le jus enfin, fragrance étonnante, discrète et éclatante à la fois, alliant subtilement notes florales et vertes, met en avant une délicate fleur d’hibiscus en note de cœur, marié à la légèreté du thé et du jasmin en note de tête, pour enfin, une fois ces premières notes dissipées, laisser place à de puissantes notes de fond ambrées et boisées - cuir, musc et santal.

Eau de parfum atypique, discrète et explosive il est quasiment impossible de mettre de mot juste sur ce jus sensuel, ambré et vif qui évolue et change selon les peaux sur lesquelles, lentement il se glisse.

Tom Ford For Men – Tom Ford

Les parfums sont comme les histoires d’amours, ils vont et viennent sans jamais réellement rester. Mais parfois, il y en a qui comptent vraiment. Après avoir expérimenté les Mâle, Black XS et autre One Million à l’heure ou les pistes de danse étaient mes seuls lieux d’amusement et ou les odeurs sucrées sur ma peau faisaient de moi un adolescent invincible en quête de puberté – l’âge aidant, le temps passant et l’amour devenant fidèle, le parfum le devint aussi.

Un peu perdu entre l’adolescent que je ne suis plus et l’homme que je n’étais pas encore, j’ai découvert Tom Ford For Men. Un mélange d’éléments traditionnels et d’influences actuelles, après une campagne aussi tapageuse que douteuse ; Tom Ford roi des Mâles métrosexués, psychorigide déviant control freak promettant à la presse en sueur devant son trois pièces trop étriqué que son premier parfum pour Homme serait « Sale, Sensuel et Sexy ».

© Tom Ford for Men

J’ai d’abord couru, j’ai senti, je me suis laissé apprivoiser par cette fragrance.  Des notes acidulées de mandarine, feuilles de basilic et gingembre au départ, déviant vers un accord classique cèdre patchouli. Les notes de coeur boisées et cuirées convenaient parfaitement à l’homme que j’étais en train de devenir. Même si en portant ce parfum je n’ai à aucun moment le sentiment de me sentir ; « Sale, Sensuel (un peu), et Sexy (bon ok d’accord) » j’ai été et suis toujours séduit par cette mandarine boisée même si les années passant mon cœur quitte lentement for Men pour m’emporter vers Néroli Portofino
Ciao Bello !

L’eau parfumée au thé blanc – Bulgari

A l’exacte opposée, l’été, bien trop rare et fuyant à Paris, invite à une certaine forme de paresse et de décontraction. Envie de blanc, d’épure et de légèreté, les chaudes journées estivales, c’est avec bonheur que je m’enveloppe dans les délicates notes de l’Eau parfumée au thé blanc du joailler italien Bulgari. Crée en 2003, après le succès quasi imprévu de son pendant féminin au Thé Vert, l’Eau parfumée au Thé Blanc, parfum mixte (une fois de plus), crée par le nez Jacques Cavallier, est un boisé alliant également notes florales et musquées.


© Eau Parfumé au Thé Blanc - Bulgari

L’idée du blanc omniprésente à l’univers de ce parfum domine tout au long de son processus créatif. Les notes de têtes hespéridés composées de poivre blanc et d’armoise, aux propriétés relaxantes, laissent bien vite place à un effet lacté et poudré composé de musc. Une touche d’ambrette et de fleur d’oranger blanche et gourmande en note de cœur apportent leur chaleur  tandis que le bois de cèdre vient apporter une dimension plus sèche en note de fond. Ambre gris et musc enfin, évoquant une discrète et chaleureuse sensualité.

Faussement sage, l’Eau Parfumée au Thé blanc est une délicate eau de Cologne aux nuances chaudes, quasi spirituelles. Et si certains la pense à tort discrète et évanescente, elle promène telle une traînée de poudre, dans son sillage un air musqué.

Terre d’Hermès

Cette rencontre s’est faite par hasard, je cherchais un nouveau parfum, une nouvelle identité, un changement. Tout d’abord rentré pour acheter un parfum à un proche, je me suis mis à sentir chaque flacon qui se présentait à moi ! Une sorte de quête initiatique d’une nouvelle odeur identitaire.


© Terre - Hermès

Et soudain, entre terre et ciel, teinté de silex, de touches amères de pamplemousse, s’ouvrant avec de la bergamote et un accord vert et fruité avec un effet de rhubarbe qui conserve sa fraîcheur assez longtemps. Le Corps ; boisé - cèdre, vétiver et patchouli avec un effet fumé, poivré et cuiré.
Cet édifice étonnamment simple et pourtant harmonieux semble timide et peu puissant au premier abord, mais c’est cette discrétion et cette constance qui lui donnent justement autant d’élégance et de sobriété.

© Terre - Hermès
Poussière ocre pailletée, éternelle colombe, cheveux au vent, torse nu, cheval galopant ; Clément Sibony sublime ce parfum et je dois avouer qu’en me téléportant pendant ces quelques 40 secondes de pur plaisir visuel, cela ne doit pas être pour rien si aujourd’hui chaque matin, je me laisse imaginer que ce parfum peut me transporter n’importe où. Comme si dès lors que je m’en empare, il m’incite à projeter mon propre Eldorado.


L’Homme - Yves Sain Laurent

Et le reste de l’année me direz-vous ? L’Homme tout simplement !

Loin de moi l’idée d’avoir succombé à la campagne publicitaire mettant en avant la beauté plastique imparfaite de l’acteur français Olivier Martinez, j’ai toujours été sensible aux parfums Saint Laurent, ayant d’ailleurs longtemps porté Opium ou encore Rive Gauche. Crée en 2006 à l’époque où Saint Laurent avait encore un prénom, L’Homme, délicat accord de fougère moderne et de notes boisées, se veut un manifeste de l’homme contemporain.
© L'Homme - Yves Saint Laurent

A l’image du flacon, teinté de simplicité et de modernité, translucide, rond et discret, il met en avant le jus, alors que son bouchon, immense écrou couleur acier, porte fièrement le Cassandre cher à la maison.

La composition articulée autour de notes boisées et fleuries, s'ouvre en tête sur une bergamote pétillante,  des notes de basilic, de fougère, de lavande et un gingembre épicé, frais et citronné. En cœur, la feuille de violette apporte un vert très caractéristique et poursuit la métaphore filée masculine jouant sur tous les codes classiques de la parfumerie. Le fond enfin, légèrement poivré, révèle des bois, où la sècheresse du cèdre rencontre la douceur lactée du santal et le solide vétiver.

Classique des temps modernes, pouvant intelligemment évoluer au fil des mois et au fil des années on ne se lasse pas de ces accords alliant profondeur, masculinité et une certaine dose de légèreté - alchimie sensuelle et virile réussie !

Musc Nomade – Annick Goutal

Il y a un parfum que je porte de temps en temps, qui je le sais me rend unique. Il n’est pas du goût de tout le monde, il est un peu sauvage, un peu animal.  Ce parfum c’est Musc Nomade d’Annick Goutal !

Au départ c’était un cadeau qui m’a été fait. C’est drôle, nous avons tous et toutes toujours une histoire à raconter autour de nos flacons. Un jour, cette personne décide de m’offrir un parfum ; un vrai ! Comme lorsqu’une maman offre à sa fille son premier N°5. J’ai réfléchi, senti, pensé… et puis nous sommes arrivé chez Annick Goutal dans ce boudoir feutré place Saint Sulpice, loin des eaux fraîches et notes florales, je voulais quelque chose qui me transporte.

© Musc Nomade - Annick Goutal

Un Musc surnaturel, cet Orient là s’est accroché à moi pour ne plus jamais me quitter, deux années qu’il embaume mes foulards, vêtements, placards… Il est partout !

Une interprétation virtuose, subtile et discrète de muscone qui se révèle doucement sous des teintes poudrées, chaleureuses et rassurantes. La senteur s’enrobe dans un nuage de musc blanc, racines d’angélique boisées et fruitées et graines d’ambrette suaves et lactées, et cette fève tonka légèrement amandée et embrasée au Bois de Bombay.

© Musc Nomade - Annick Goutal

Le flacon est simple, élégant et fonctionnel, inspiré des bagues de cigare, l’étiquette ornée de lierre est dessinée par le père de l’actuel nez, Camille Goutal, fille de la fondatrice de la maison éponyme ; une histoire de famille, une histoire de parfum, une histoire d’Amour 

Cet Orientaliste si pur, ode magique à l’Homme, révèle tout ce qu’il y a d’animal en nous. Ce parfum est mon coup de cœur, mon secret, mon plaisir.  

Voyage – Hermès

Depuis les origines de son histoire, Hermès symbolise l’univers du voyage et raconte au travers de chacune de ses créations une histoire. Quel plus beau parfum choisir pour conserver en mémoire ses souvenirs d’ailleurs que le si bien nommé Voyage ? Vous allez sans doute trouver cela quelque peu étonnant, mais il m’ait venu au fil des ans l’envie de m’approprier le plaisir et la saveur du voyage dans une essence que je pourrai avoir au creux de la main. Week-ends à la mer, escapades européennes, vastes étendues de sables blanc, autant de moments précieux, conservé en image pour certain et gardé à jamais de façon olfactive grâce à ce petit flacon métallique qui me suit tout au long de mes périples et en absorbe toute l’essence. 


© Voyage - Hermès

Crée il y a peu, en 2010 ; le célèbre nez Jean-Claude Ellena l’a voulu comme un boisé épicé, mixte (et oui, une fois de plus je m’en rends compte). Abstrait et paradoxal, ce parfum parle du plus beau des voyages, celui que nous n’avons pas encore fait. Le flacon, un étrier coulissant dont le point d'attache est le clou de selle d'Hermès joue sur les contrastes  des matières, l’effet de surprise et l’épure entre acier et verre blanc.


© Voyage - Hermès

© Voyage - Hermès



Le jus, frais, léger et dynamique en note de tête avec des essences de citron et de thé, laisse ensuite place à des notes plus chaudes et épicées de cardamome et d’hédione en cœur. Enfin, le fond composé majoritairement de muscs blancs laisse un voile laiteux quasiment palpable.

Et si pour George Sand « le souvenir est le parfum de l’âme », pour moi, les parfums  symbolisent l’essence même du souvenir, l’âme de ces belles parenthèses, trop rapidement estompées de nos mémoires que sont les Voyages. Voyage d’un jour, d’une semaine, d’une vie, je les veux légers, frais et musqués, aux couleurs éclatantes des gavroches en soie de la maison Hermès. 

Tel un puzzle olfactif dessinant les contours d’une personnalité, à vous de relier à présent essences chyprées ou boisées, fougères et orientaux avec les traits de nos personnages que vous avez appris à connaître un peu plus au fil de ce quelques mois. Et si enfin quelques uns d’entre vous se demandent quelles parties du corps doit-on le plus judicieusement se parfumer ? Je n’aurais qu’une seule réponse à vous apporter, comme le disait si justement Coco Chanel "Partout où vous désirez être embrassée" ! Bons baisers parfumés !

A & W. 

mercredi 6 février 2013

Haute Couture - Printemps/Été 13



Magie de la Mode oblige, c’est en plein cœur de l’hiver, recouverte de neige et baignant dans des températures quasi Scandinaves, que Paris a donné rendez-vous au monde entier pour l’un de ses spectacles les plus féeriques de l’année – la semaine de la Haute-Couture. Semaine, que dis-je, quatre petits jours à peine durant lesquels maisons emblématiques d’un certain style français, mais aussi jeunes créateurs (de plus en plus) ont montrés au monde ce qu’ils savaient faire de mieux. Dizaines d’heures de travail, centaines d’heures de broderies, milliers, voire dizaines de milliers d’euros à débourser par tenue, cercle de clientèle le plus fermé au monde, la semaine de la Haute Couture est celle de tous les superlatifs et c’est sans doute cela que nous aimons. Que nous aimons et que nous défendons. Tradition française, parisienne depuis l’ancêtre de tout couturier, Charles Frederick Worth, la Couture, terme tristement banalisé depuis, prend alors tout son sens. Dépouillée d’un certain poids, la Haute Couture pour le Printemps Eté 2013 conserve toute sa richesse, mais la dévoile de façon plus subtile, plus légère, plus aérienne. Femmes fleurs, délicates vestales ou encore silhouettes graphiques, minimales, presque irréelles, tour d’horizon de ce que Paris nous a offert de plus beau !

Légèreté, tel pourrait être le maître mot de ces collections. Laissant de coté le bling un peu désuet de certaines griffes italiennes défilant (on ne sait pas trop pourquoi d’ailleurs) à Paris, ou bien les voyages oniriques bercés de folklores lointains pour lesquels certains créateurs ont facilement succombés, et regardons plutôt cette effervescence de délicatesse et de fraîcheur qui a inondée les salons poudrés de la couture parisienne. Mousseline la plus délicate, gazar de soie le plus léger, broderies les plus fines et les plus délicates, c’est au jeu du luxe le plus discret qu’on joué la plus part des créateurs parisiens. Loin de toute ostentation mal placée, le luxe s’apprécie dans ses détails et sa modernité.   

Pureté quasi virginale chez Christophe Josse, la blancheur d’une blouse de communiante délicatement brodée en ton sur ton se porte sur une jupe en plissé permanent coordonnée pour une mariée discrètement élégante. Et quand le noir fait son apparition pour le soir, les mètres de tulle du jupon sont soulignés d’une fine ceinture et d’un col Claudine graphique, l’épaule délicatement recouverte d’un voile de soie transparente, les broderies parsemées telle une discrète galaxie nocturne, et se portent forcément à plat pour une soirée d’été dont on devine déjà la douceur de l’air.

© Christophe Josse - Haute Couture PE/13
© Christophe Josse - Haute Couture PE/13


Légèreté féérique également chez le prince de la Couture – Elie Saab. Les riches broderies, les plus belles dentelles au monde sont toujours présentes, mais plus discrètes. Portées telles des secondes peaux, elles habillent délicatement les corps dans un jeu subtil de voilé-dévoilé, supprimant le volume pour ne plus se concentrer que sur la ligne.


© Elie Saab - Haute Couture PE/13
© Elie Saab - Haute Couture PE/13

© Elie Saab - Haute Couture PE/13

Chez Valentino, le talentueux duo de créateurs Maria Grazia Chiuri et Pier Paolo Piccioli a une nouvelle fois réussit le pari de réinventer l’héritage de la plus Parisienne des Maison de Couture Italiennes.  Ensembles de jour veste et jupe longueur genoux en soie crème aux courbes en volutes légères, robes de cérémonie manches longues en gazar de soie transparent brodé plumetis, ou encore robes longues néo empire ne conservant de leur illustres ancêtres qu’un bustier schématisé et un jeu de longueur et de transparence toute moderne.

© Valentino - Haute Couture PE/13
© Valentino - Haute Couture PE/13

© Valentino - Haute Couture PE/13


Certains créateurs ont travaillé l’idée de légèreté jusqu’à l’emmener à son extrême épure et ne plus se concentrer que sur la ligne. Coup de crayon gris sur vélin blanc, celui-ci prend vie et s’anime pour n’habiller les plus élégantes femmes du monde que d’une silhouette affinée à son paroxysme.

Chez Christian Dior, le nouveau Directeur Artistique Maison, Raf Simons, propose une vision ultra minimale des jardins si chers à Mr Dior. Décor ultra zen alliant le vert du buis taillé au minéral pur, les silhouettes défilant, telles les femmes fleurs d’un siècle nouveau, en ont prie tous les codes. Pour son époustouflant final, Raf Simons propose des modèles grand soir aux lignes simplement sublimes. Véritables fleurs renversées, les robes, généreusement ouvertes sur le bas formant de volumineuses néo crinolines, se terminent en des bustiers filiformes allongeant délicatement les silhouettes à l’infini.

© Christian Dior - Haute Couture PE/13
© Christian Dior - Haute Couture PE/13


Plus radical sans doute, influencée de façon certaine par l’univers des Technologies de pointe, la jeune mais néanmoins talentueuse créatrice Hollandaise Iris Van Herpen, imagine pour sa collection intitulée « Voltage » des silhouettes pour le moins électriques. Épure des lignes que l’on pourrait penser inspirées des croquis de Mr Dior, ces versions d’un New Look 3.0 n’en conservent que la ligne, pure et géométrique. Cuir, métal ou encore pvc, ces modèles proches d’une certaine forme d’Art-A-Porter, véritables sculptures de métal, luxueux origamis, subliment la simplicité des lignes par leurs chimériques complexités.

© Iris Van Herpen - Haute Couture PE/13
© Iris Van Herpen - Haute Couture PE/13

© Iris Van Herpen - Haute Couture PE/13

Minimalisme de salon poussé à son paroxysme, Maria Grazia Chiuri et Pier Paolo Piccioli nous ont fait avec le merveilleux défilé Valentino le plus bel exemple d’une vision  contemporaine de la Couture. Loin des clichés extravaguant d’une autre époque, la ligne l’emporte sur l’ornementation outrageuse.  Inspirés sans doute par les préceptes de l’architecte Mies van der Rohe ayant donné l’une des plus pertinentes définitions du Design « Less is more », les robes de jour ou de soir se simplifient jusqu’à l’essence de leur fonction – habiller et sublimer le corps de la femme. Lignes pures, courbes féminines, légèreté des matériaux, quelque fois soulignées d’une délicate broderie, les silhouettes se radicalisent pour se centrer sur l’essence même de leur fonction. Coup de cœur absolu pour les superbes robes capes en version jour ou soir – rêve immatériel, les silhouettes semblent tout droit sorties d’un imaginaire visionnaire.

© Valentino - Haute Couture PE/13
© Valentino - Haute Couture PE/13
© Valentino - Haute Couture PE/13
© Valentino - Haute Couture PE/13

A l’antithèse de la vision d’une certaine épure, celle d’une exubérante explosion florale a également été très présente sur les podiums parisiens. Broderies, sequins, couleurs, tons-sur-tons, arabesques, volumes 3D et format XL, la thématique florale chère aux collections printanières a été de tous les défilés et même des plus minimalistes.

Ainsi Raf Simons a proposé sa vision des célèbres fleurs de Monsieur Dior. Modernes, presque futuristes, portées au format XL sur l’intérieur de vestes symboles du Tailoring masculin, elles en tapissent les doublures telles une vision radicale et absolue du luxe pour soi. Portées en all over, vision postimpressioniste des roses du jardin de Granville, ou en apparitions inattendues délicatement écloses d’une fente de robe ou d’une doublure, elles inondent les traînes et s’invitent sur les bustiers.

© Christian Dior - Haute Couture PE/13
© Christian Dior - Haute Couture PE/13

© Christian Dior - Haute Couture PE/13


Pour la Maison Chanel, Karl Lagerfeld a imaginé un décor de forêt tropical pour accueillir ses bouquets de femmes aux airs faussement angéliques. Maquillages gotiques noircissant les regards, la légèreté des tweeds n’y fait rien, les silhouettes de robes fourreaux rebrodées en trompe l’œil all over de sequins aux motifs floraux donnent une impression presque suffocantes de femmes à la beauté dangereusement vénéneuse.

© Chanel - Haute Couture PE/13
© Chanel - Haute Couture PE/13


© Chanel - Haute Couture PE/13
© Chanel - Haute Couture PE/13

Chez Giambattista Valli, la fleur est tout. Omniprésente d’un bout à l’autre du défilé, elle se porte dans sa version brodé, XL et tridimensionnelle. En collier, en couronnes ou en minutieuses et délicates broderies recouvrant chaque millimètres des robes de cérémonies quelques fois elles-mêmes composées de mètres de guipure au motif floral, elles prennent une dose de légèreté en jouant sur le contraste de la transparence à l’aide de délicats voiles de gaze terminant les silhouettes, et les allongeant de quelques centimètres certaines tenues parfois vertigineusement courtes, mais aussi à l’aide de lignes volontairement simples et modernes ne dénaturant pas le message véhiculé.

© Giambattista Valli - Haute Couture PE/13
© Giambattista Valli - Haute Couture PE/13

© Giambattista Valli - Haute Couture PE/13
© Giambattista Valli - Haute Couture PE/13

© Giambattista Valli - Haute Couture PE/13


Explosion de fleurs tridimensionnelles chez Elie Saab, les broderies, parmi les plus incroyables, sculptent les robes et leur donnent une force qui contraste avec les formes volontairement simples afin d’alléger les silhouettes.

© Elie Saab - Haute Couture PE/13
© Elie Saab - Haute Couture PE/13

© Elie Saab - Haute Couture PE/13

Enfin, arabesques graphiques s’enroulant à l’infini chez Valentino, guipures format XL, ou encore pétales de mousselines aux rainures brodées de fils d’or, visions épurées de la thématique florale, elles opposent leurs lignes exubérantes avec des coupes volontaires simples et pures pour les robes qu’elles habillent. Un sans faute absolu pour le duo Maria Grazia Chiuri et Pier Paolo Piccioli, ayant signé sans conteste le plus beau défilé de cette saison. Alliance subtile et délicate de féminité extrême, de virtuosité dans l’utilisation du savoir-faire exceptionnel des meilleurs ateliers d’artisanat d’art, et de modernité infini dans les coupes, toutes les éloges sont méritées pour cet opus brillant d’élégante perfection.

© Valentino - Haute Couture PE/13
© Valentino - Haute Couture PE/13
© Valentino - Haute Couture PE/13
© Valentino - Haute Couture PE/13
© Valentino - Haute Couture PE/13
© Valentino - Haute Couture PE/13


Bulle merveilleuse hors du temps et hors de toute notion de « raison », la Haute Couture Parisienne met toujours l’art et l’artisanat au cœur de son processus créatif. Loin des excès baroques de certaines époques, la Haute Couture a su évoluer avec son temps, proposant des modèles en adéquation avec notre époque et nos modes de vie contemporains. D’ailleurs, élément qu’il est important de noter, l’attitude des défilés Haute-Couture a lui même évolué. Jadis dans le paraître, les robes, cette saison, même Grand Soir ont toutes des poches, détail qui pourrait être insignifiant, sauf si les mannequins ne défilaient pas les mains dedans, modèles d’une moderne et subtile nonchalance. Réservée certes à une élite, la Haute Couture est sans doute ce que le monde de la Mode, entouré du savoir-faire inimitable et précieux de centaines de « petites mains », sait faire de plus beau. Acmé du raffinement de notre société, la Haute Couture est un art fragile et délicat qu’il est crucial de préserver et de mettre en valeur. D’ailleurs, cette saison, la maison Givenchy n’a pas présenté de collection Haute Couture sans en donner de raison précise. Espérons que cela ne soit qu’une simple parenthèse et que Ricardo Tisci, entouré des équipes du studio de création perpétue dès la saison prochaine cette tradition chère à la célèbre maison de l’avenue Georges V.

A.