Alors que l’hystérie de la
Fashion Week s’est terminée depuis presque un petit mois, que journalistes et
acheteurs ont terminés leur grand tour des capitales de la mode, et que tout le
monde a pu prendre se reposer un peu, faisons un petit flashback consacré à la
jeune création, mettant en lumière une avant garde stylistique faisant fi des
tendances convenues par les cahiers du même nom et défendant un point de vue
plus personnel et surtout plus sensible que les grands nom d’une industrie bien
rodée dépensant presque sans compter durant la grande messe de la mode.
Christine Phung
Christine Phung aime prendre de
la hauteur pour ses défilés et c’est du 9ème étage du très moderne
institut du monde arabe que la styliste franco cambodgienne a présenté sa
collection Automne Hiver 2015. Comme toujours, délicats jeux de plissés,
parfois ceinturés, noir absolu, broderies ton sur ton rendant exceptionnelle
une jupe noire élégante de simplicité ; mais surtout ce traitement de la
couleur si particulier au travail de Christine
Phung. Soie bleu glacier, explosion pixélisée de rose, de violet et de vert
tropical Christine Phung reste fidèle à une palette de couleurs chaude qui lui
est propre et que l’on retrouve saison après saison.
Très beau travail de Tailoring,
mixant les codes masculins et féminins sur des crêpes de soie, des mousselines
mais aussi des flanelles profondes et des organza lumineux, le tout souligné de
détails en cuir blanc ou noir.
Le détail ultra désirable - les
boucles d’oreilles sans doute à l’esprit tribal graphique que l’on rêve déjà de
porter, même si nous sommes des garçons !
Toujours à l’institut du monde
arabe mais deux étages plus bas, Léa
Peckre accueille son public dans l’une des salles les plus légère et épurée
du musée pour nous présenter sa prochaine collection hiver. Noir profond, vert
mélèze ou camaïeu de violet, les looks se jouent en aplats de couleur, le tout
réveillé parfois de vert acide.
Association edgy de pièces de
Tailoring fortes d’inspiration masculine et de soie transparente découpée bord franc,
la silhouette Léa Peckre pour l’hiver prochain se veut radicale, à l’image du
style de cette jeune diplômée de la Cambre qui ne cesse de faire parler d’elle.
C’est toujours un plaisir d’assister
à l’un des défilés de la jeune griffe parisienne Dévastée et de découvrir, émerveillé, les futures silhouettes
oniriques et délicatement sombre du duo de créateur parisien. Connus depuis
plusieurs années pour leur style volontairement amusant et décalés autour de
graphismes d’inspiration faussement macabre, Ophélie Klere et François Alary signent une nouvelle collection très graphique
jouant sur les oppositions de noir, de blanc et de gris.
Motifs fantômes pas
effrayant pour un sou, imprimés ou brodés, travaillés sur des lignes
classiques, préférant la mise en avant du motif et du savoir faire à
l’excentricité de la coupe. Et c’est d’ailleurs aussi du côté du détail que
l’on apprécie le plus le travail de Dévastée.
Derrière les images faussement enfantines, le développement des matériaux
(contrairement à beaucoup de maisons) est toujours exclusif. Les robes se font
en matelassés fantômes, les mailles sont intarsia, quant à certains tops en
soie, on se rapproche même d’une vision de la couture avec des motifs rebrodés
en ton sur ton sur de l’organza. Un travail d’une grande délicatesse à l’image
des deux créateurs de la marque mixant savoir faire et second degré – un
exemple à suivre pour beaucoup de jeunes maisons.
Voyage en terre surréaliste pour
le créateur phare de ces dernières saisons, avec une cabine féminine maquillée
de double visage sur les joues, regardant ainsi de façon assez dérangeante le
public du show de cette future collection hiver. Visages perturbant ou
interrogatifs, nous demandant par la même si la vérité peut parfois être autre,
ou différentes de celle que l’on imagine, et nous invitant à regarder les
choses avec un point de vue plus distancié. Distancié comme la collection
présentée ; véritable réflexion sur le vêtement, sa construction, mais
surtout sa décontraction.
Inspirée sans doute par les créations originales de Martin Margiela, dont le remarquable travail
de détournement du vêtement revient depuis quelques mois sur les devants de la scène
grâce au retour ultra médiatisé du créateur britannique John Galliano, ou bien par une volonté brutaliste de s’éloigner de
l’univers très marin auquel Simon Porte
Jacquemus nous avait habitué jusqu’à présent, la collection intitulée «L'Enfant du
Soleil» a été présentée dans un grand appartement parisien en chantier.
Seins et pieds nus, la première silhouette est un mannequin déambulant
dans un large pantalon blanc et droit - le ton de cette saison est donné.
Associations de pièces classiques du vestiaire masculin aux découpes géométriques dont la structure est
retravaillée de larges œillets et d’empiècements, le tout dans une
palette chromatique allant du blanc au noir, souligné parfois de jaune, de vert,
d’orange. Un exercice stylistique un peu plus éloigné de ce que les amateurs du
self made designer avait l’habitude d’apprécier, faisant penser à une volonté de
grandir, de s’éloigner un peu de ses débuts et d’avancer sur de nouveaux
terrains mode. Les prochaines collections Jacquemus
nous le diront très vite.
Y Project
Devenu directeur artistique de Y/Project
depuis un an, le belge Glenn Martens,
enfant des 90’s, propose pour l’hiver prochain une silhouette mixant codes
grunges et néo bourgeois. Sous les lambris dorés de la mairie du 3ème
arrondissement, réveillés de notes électro, Glenn Martens associe les matières
nobles et techniques, les velours de soies et les molletons, les vinyles et les
draps de laines, le cuir et les mailles luxueuses, créant une allure
nonchalante composée de vêtements ample, de manteaux over size aux épaules
tombantes et de pantalons larges.
Opposant coupes architecturales et matières souples, netteté graphique
et streetwear urbain, aspect technique et pointe de nostalgie, Glenn Martens continue d'explorer pour Y/Project les limites entre jeunesse et
une certaine forme de maturité, le tout mixé d’une pointe de hip-hop futuriste
et d'élégance classique – un excellent condensé de ce que les 90’s nous ont
légué de meilleur.
Très belle surprise cette saison au défilé Aganovitch, dessiné à 4
mains par Nana Aganovich et Brooke Taylor. Une collection
réfléchie, pensée, dessinée avec complexité, jouant sur les jeux de volume, les
superpositions, les drapés ; associant pièces classiques du vestiaires
masculin et féminin le tout passé par une théâtralité tout en affectation.
Contraste de noir et de blanc, illuminé de jeux graphiques associant
carreaux, rayures tennis et esprit plus organique retravaillant les sublimes
soies de la maison Vénitienne Rubelli, un point commun lie l’ensemble des
silhouettes, une taille extrêmement fine, presqueétranglée qui met en valeur une exagération des
volumes.
Brocards découpés bords franc, tissus masculin revisités, popelines
impeccables travaillées sur des cols spectaculaires nous plongeant dans un
héritage stylistique volontairement austère modernisé à grands coups de jeux
de découpes et de volumes.
Après New-York, Londres et Milan,
la valse des collections poursuit son chemin à Paris. Première grande tendance
repérée, le Minimalisme qui a envahit
les podiums et a même fait une incursion de force au cœur de la mode
italienne, connue d’habitude pour son aspect fastueux et excessif, continue son
envolée et donnant le ton aux défilés Parisiens. Day 1 de Fashion Week toujours connue pour mettre en avant la jeune création, les Garçons aux Foulards ont
suivi en direct cette première journée placée sous le signe de la mode et vous
dévoilent leur Coups de cœur pour le
printemps été 2014 !
Moon Young Hee
Matinée superbe d’automne, Ecole des Beaux Arts, Cours des Mûriers,
le décor tonne le ton à une collection tout en finesse. Délicats jeux de
pliages du tissu façon origami, les mannequins, make up nude et cheveux attachés-détachés, l’idée de transparence et de légèreté des tissus contraste avec la
construction quasi architecturale des modèles.
Robes, vestes, manteaux, t-shirt
se font over size, jouant sur les
volumes, parfois exagérés, mais à la ligne toujours maitrisée. La gamme de
couleur pure, chère à la créatrice d’origine coréenne, alliant noire, blanc,
sable, et kaki rehaussé de bleu dur, donne le ton de ce début de Fashion Week
indéniablement sous le signe d’une certaine maîtrise.
Quelques minutes plus tard, c’est
sur la terrasse du plus célèbre grand magasin parisien, que la créatrice franco-cambodgienne, Christine
Phung, nous a donné rendez-vous pour présenter sa toute nouvelle collection
printemps été 2014. En décor, la tour Eiffel et l’azur infini du ciel de Paris, en bande son le groupe Hollydays qui interprétait en live trois de ses morceaux,
et en fond, une collection intitulée Liquid
Dilusion, imaginant l’histoire d’une femme plongeant dans l’eau avec fracas
et effervescence, pour aboutir à une immersion dans une eau à la fois douce et
étrange, traversée de rais de lumière. Dissolution, abstraction, les frontières
du solide, du liquide et de l’aérien s’estompent ; sentiment mis en exergue
par le décor composé de cubes d’eau reflétant à l’infini le ciel et les
silhouettes des mannequins.
Jeux de lumières provoquant
ombres, fantasmagorie graphique et
dentelles de lumières, l’approche quasiment onirique se traduit sur les
textiles, leur matière, leur ligne, leur graphisme, imprégnant la structure des
tissus qui s’en ressent : jacquards tissés réversibles, patchworks,
imprimés numériques de dentelles..
Une collection à l’image de la créatrice,
lauréate du prestigieux prix de l’Andam
2013, emprunte de sensibilité et de féminité. Douceur infinie des
silhouettes bercées par le groupe Hollydays, gamme de couleur fondue en
camaïeux de crème et de gris nuage, juste rehaussé de bleu cobalt pour
dynamiser l’ensemble, jeux de transparence, travail de plissés, enfin, les imprimés graphiques, chers à
Christine, signent comme chaque saison la collection.
Troisième très beau défilé
parisien pour Eri et Philip Chu, jeunes
créateurs de Ground Zero sous les verrières de l’atelier richelieu. Maniant
comme toujours les jeux de construction
et la force des imprimés, transformant les concepts en réalisations
visuelles et esthétiques, les frère Chu se sont intéressés pour la collection
printemps été 2014 à l’adolescence.
Non pas en la percevant comme cette phase ingrate si souvent crainte, mais
plutôt comme une étape de transformation
et de mutation.
Mutation travaillée au sein de la
collection au travers des silhouettes se
métamorphosant à chaque passage, se déstructurant, se reconstruisant,
cachant ou dévoilant des parties du corps, mais aussi et surtout mutation
végétale et florale. Explosion graphique
de couleurs et de motifs marquant fortement la collection, les imprimés
floraux enrichissent la personnalité de la femme Ground Zero.
Les silhouettes particulières
cette saison jouent sur les asymétries et les oppositions. Ainsi la structure du néoprène se marie avec la
légèreté de l’organza, la transparence de la soie avec la richesse des cachemires
signant définitivement la collection la plus forte et la plus emblématique de
cette première journée de défilé !
Ophélie Klere et François Alary,
les deux jeunes créateurs et fondateurs de la griffe Dévastée, ont choisis comme thématique pour leur défilé printemps
été 2014 le cimetière d’Aoyama à Tokyo.
Beauté et sensibilité romantique presque
post-moderniste, le duo Dévastée voit la
beauté en toute chose et surtout là ou ont ne l’attend pas forcement.
De ce voyage nocturne au pays du soleil levant, Ophélie Klere et François
Alary en ressortent une collection
élégante et légère. Manteau court over size, robes fluides en soie ou en
jersey, shorts structurés taille haute ou encore chemises à col et poignets
contrastés, l’alphabet Dévastée, contemporain, s’inscrit de façon décalée dans
les codes urbains parisiens ou tokyoïtes. Ôde à une certaine forme de féminité,
désinvolte, insouciante, se moquant de
tout et surtout de la mort. Le colorama oscillant exclusivement du noir en
blanc en faisant parfois quelques incartades par le gris ; se compose
quelques fois de matières unis, mais fait la plus part du temps place à des imprimés graphiques, exclusifs,
dessinés par le duo de créateurs.
Monstres souriants, gentils fantômes, tombes et allées du
cimetière d’Aoyama, tous les sujets relatifs à la thématique principale sont
bons pour jouer sur les graphismes et les dessins. Loin de la régularité
habituelle d’un imprimé fondu ou retravaillé sur ordinateur, chaque pièce de la
collection réserve son lot de surprise et d’émerveillement. Touches d’humour cachées, la fille
Dévastée, espiègle se moque bien des codes et entend profiter de son insouciante
jeunesse et rire de la mort plutôt que de s’en apeurer, et nous ne pouvons que
l’en féliciter ! Bravo !
Converse love Maison Martin Margiela (et inversement)
Fin de journée sur les chapeaux
de roue dans le Marais, dans notre concept store masculin préféré – l’Eclaireur, qui le temps d’une soirée a
retiré son habit de cabinet de curiosité contemporain pour accueillir le temps
le lancement de la collaboration
Converse – Maison Martin Margiela. Association étonnante me direz-vous, pas
tant que cela finalement.
Reprenant les
codes de la peinture blanche et de la transformation et de la récupération
d’objets chers au styliste le plus discret de son temps, Maison Martin Margiela
et Converse ont lancés un modèle de skate
shoes (tendance immanquable de ces deux prochaines saisons) de couleur,
recouvert de peinture, dont l’aspect blanc, se patinant avec le temps, laissera
se découvrir, millimètre par millimètre, la couleur originale de la toile. Trait d’union entre ces deux univers,
l’artiste Pimax, reconnu dans le monde entier pour son travail sur la matière et sur le mouvement, a crée pour l’événement
trois sculptures, trois figures
libres autour des thématiques de blancheur, de peinture et de matière. (A
découvrir rapidement dans le boutiques Maison Martin Margiela et
converse !)