L’été à peine commencé, que nous
voici déjà sur les starting blocks pour découvrir les collections Haute Couture Automne Hiver 2014. Loin de toute
idée de rentabilité, de marge, ou de coups de production, les créateurs, libres
de toute contraintes, nous proposent leur vison de mode, mais aussi de la
femme. Tout d’horizon parisien de nos
coups de cœur très très Couture.
Chanel
Voyage au cœur d’un Versailles
ressuscité par la maison Chanel ou Karl
Lagerfeld a réussit à synthétiser l’esprit Grand Siècle en un défilé grandiose
de simplicité et d’élégance. Avalanche de silhouettes blanches comme les
murs des salons d’apparats, celles-ci sont rehaussées tout comme ceux qui les
inspirent de précieux détails couleur or. Tweed chicissime et graphiques au
tons de la collection, portées sur des sandales plates légères et
aériennes. Touches de rouge et de
bordeaux, le pourpre sort de sa connotation impériale pour exulter dans les salons
des plus riches capitales.
Volumes faisant échos aux paniers
qui ont fait de la mode de la cour de France l’une des plus réputées d’Europe,
retravaillés en néoprène moulé pour obtenir la beauté de la ligne sans pour
autant être entravé par le carcan du panier. Broderies insensées au fil d’or nécessitant des centaines d’heure de
travail par modèle, le défilé se termine par le clou du spectacle – une
mariée enceinte (modernité oblige, la blanche mariée n’est plus virginale
depuis longtemps) à la traîne spectaculaire, entièrement rebrodée de fils d’or,
à l’esprit robe de cour. Majestueux.
Maître incontesté de la Haute Couture, Elie Saab, continue, saison
après saison d’habiller les plus belles et plus riches femmes de la planète. Et
la raison en est sans doute simple, loin de courir après une ultra modernité de
bon ton, Elie Saab, se concentre sur le vêtement et le désir de ses clientes,
avec un seul objectif, celui e les rendre encore plus belles. Nulle
excentricité non maîtrisé, nul jeu de coupe non calculé, Elie Saab fait des
robes et il les fait bien !
Voyage en eaux profondes pour cet automne hiver, la collection
Haute Couture s’inspire de la richesse et de la poésie des fonds marins, pour
recouvrir les mousselines légères de broderies aux formes aquatiques. Milliers
d’heures de broderies mains pour reproduire la magie des coraux, des perles (de
culture) et autres espèces de la faune et de la flore vivant au cœur d’un
univers magique et mystérieux.
Nuances de couleurs faisant échos
à l’esprit de la collection, le défilé commence par une dizaine de passages
dans des dégradés de bleu et de marine, hommages aux couleurs des mers et
océans. Univers aquatique qui laisse
place à la couleur du corail emblématique des trésors marins, pour enfin
exulter dans un véritable bain d’or liquide. Somptueux.
C’est à un bien joli voyage que
nous invite le couturier Giambattista Valli. Fuyant la réalité d’une saison
automnale souvent morose, le styliste italien nous entraine avec lui dans une explosion florale, à la fraicheur et à la
légèreté déconcertante.
Dizaines de mètres de tulle
blanc, avalanche de fleurs brodées, faisant échos à la luxuriance des jardins
italiens au printemps, imprimés tropicaux,
ou encore jeu de rayures graphiques en noir, blanc et transparence, volumes
et esprit année 50 ; on croirait resurgir un Autant en emporte le vent de légende - version contemporaine bien
sur ! Merveilleux !
Etonnante surprise que celle de
ce défilé Maison Martin Margiela Haute Couture, ou plutôt devrions nous
l’appeler Ligne Artisanale, comme
l’aimait à la nommer son ancien créateur. Car outre le très beau spectacle
proposé par le studio de la maison du groupe Diesel, nous avons également eu la
chance de découvrir grâce à Suzy Menkes, le nom de celui qui se cache derrière
la horde de petite blouse blanche et qui tel un chef d’orchestre en dirige les
mouvements – le jeune et talentueux
Matthieu Blazy. Un nom qui fera à n’en pas douter de plus en plus parler de
lui à l’avenir.
Mais plutôt que de nous intéresser au créateur, intéressons nous plutôt aux créations d’une richesse inouïe pour cette saison. Périple exotique et coloré, Maison Martin Margiela rend hommage au Pays du Soleil Levant, si cher et qui inspira autant le fondateur de la maison. Silhouette japonisantes, mais forcément revisitées, les magnifiques kimono peints traditionnels deviennent ici des robes aux découpes simples, mais dont les dessins deviennent broderies mains.
Explosions de motifs floraux, travaillés en all over ou en savants
patchworks assemblés. Iris, glycines, paon, tigres, impossibles de ne pas
faire référence à l’art de la fin du 19ème siècle qui vit se développer un
attrait tout particulier pour tout ce qui venait d’extrême orient, et qui
inspira des artistes de génies, Vincent
Van Gogh en tête. Et pour moderniser le tout ? Un bombers en satin de
soie brodé – futur must have !
Collection tout en délicatesse, comme
toujours chez le couturier d’origine syrienne Rami Al Ali. Fidèle à ses origines orientales, Rami Al Ali habille les femmes pour
les rendre belles. Plus axé sur le travail d’embellissement des tissus que
sur l’excentricité de la ligne, les silhouettes sont fines, fluides, dégagées
des oripeaux inutiles.
Inspiré par le monde végétal, la femmes Rami Al Ali, se déploie telle
une liane urbaine, vêtue de nuances de vert, ou de rouge sanguins, de
broderies aux motifs fleur ou encore de savant jeux de plissés, rappelant les
nattes antiques à base de feuilles de papyrus. Collection aux forts accents
exotiques, les feuillages exubérants de
la nature se traduisent ici en de savants et délicats dévorés, jeux de
transparences, ou travail méticuleux de plissés ou de superpositions de
« feuilles » de chiffon. Eblouissant.
Ulyana
Sergeenko vient des froides contrées russes et cela se voit ! Epouse du
milliardaire Danil Khachaturov, celle ci a fondée sa maison de couture en 2011
et depuis, la créatrice (mais aussi photographe, bloggeuse, socialite…)
présente à Paris chaque saison, une
collection riche, opulente, à l’image d’une certaine Russie Eternelle. Pour
cette collection, la jeune femme voulait donner à voir aux travers ses
silhouettes l’image du «premier quart du XXe siècle, une
époque utopique, excitante et légèrement effrayante de l’histoire russe». Programme
ambitieux cela va sans dire pour celle plus habituée du faste et du glamour que
de la conceptualisation du constructivisme russe…
De cette période artistique, nous en
retiendrons surtout certaines formes
géométriques, et l’association des blancs, des noirs, des rouges orangés chers
à Malevitch, que l’on retrouve sur des ensembles de jour en laine mohair,
twistés de cuir vernis, ou bien en dégradé sur un long vison blanc. Fourrure omniprésente tout au long du
défilé, mettant en avant un travail de façon remarquable, associant, visons rasés, renards argentés,
empiècements de broderies et de cristaux, de quoi ravir les riches clientes
d’Ulyana Sergeenko et leur permettant d’affronter les rigueurs du froid
sibérien. Et quand enfin, celles-ci s’apprêtent pour le soir, la fourrure tombe
pour laisser place à des robes du soir au volumes glamourissimes en velours de
soie rasés, rebordées, ou encore en mini combi bustier noir. Nul doute, Moscou est descendu
s’encanailler sous de plus chaudes contrées !
Nous l’attendions
autant que nous la craignions, la collection annuelle des métiers d’art Chanel. Avec une
impatience non feinte à l’idée de découvrir silhouette après silhouette, les nouvelles
mises en valeur du savoir faire artisanal des dix maisons et ateliers rachetés
et préservés par la maison Chanel depuis 1985 (Lesage, Desrues, Lemarié,
Michel, Massaro, Goossens, Guillet, Causse,
Barrie Knitwear et Montex) formant petit à petit une constellation
de savoir et de transmission de ce savoir, avec pour chacune de ses étoiles, un
domaine respectif d’excellence (broderie, dentelle, maroquinerie…) ; mais
une crainte lié à la destination choisit pour cet opus 2013/14 – en effet,
après nous avoir fait voyagé à travers le monde, présentant les luxueuses créations de la
griffe, de Tokyo à Londres en passant par Shanghai et Édimbourg l'année
dernière, ou Karl Lagerfeld avait posé sa luxueuse tente au cœur des Highlands
avec un défilé mettant à l’honneur le tartan et le cachemire présenté dans
le Palais Linlithgow et qui nous avait emerveillé ; la luxueuse caravane Chanel s’est arrêtée
cet hiver au cœur du Texas, à Dallas…
Choix étonnant qui nous a surprit dans un premier temps, Dallas n’étant
pas forcément réputée pour être l’une des capitales de la mode et du bon goût…
avant d’en comprendre les raisons et les liens. Cité qui a accueillit Coco Chanel en 1957 pour y recevoir le Neiman
Marcus Award venant couronner son apport au monde de la mode, pays qui fut d’ailleurs
le premier à « redécouvrir » le talent de Gabrielle Chanel après 15
années d’absence des devants de la scène mode. S'intéressant au retour de Coco
Chanel dans l'univers de la mode et plus particulièrement au moment de la
réouverture de sa maison de couture à Paris en 1954, Karl Lagerfeld a souhaité montrer les nombreux liens unissant la
couturière aux Etats-Unis par le biais d’une collection hommage mais aussi
en fixant au même jour la date de sortie
de l’avant-première mondiale du court-métrage réalisé par le Keyser "The
Return", mettant en scène une
Géraldine Chaplin au jeu exceptionnel de réalisme, entourée de Rupert
Everett, Anna Mouglalis ou encore Amanda Harlech campent les rôles principaux
de cette intrigue. A découvrir ci-dessous.
C’est ainsi qu’en ce mardi 10
décembre, le Fair Park de Dallas, magnifique bâtisse aux lignes
géométriques, inauguré en 1936 pour fêter le centenaire de cet état du Sud qui
abrite encore aujourd’hui parmi les plus grandes collections de sculptures, de
bâtiments et de peintures art déco au monde, courant décoratif chère à
l’esthétique de Gabrielle Chanel, servit
de décor pour présenter la collection des Métiers d’Arts 2013/2014.
Hommage
stylistique mais aussi hommage de cœur rendu à ce pays qui ne se limite
aux contours de l’état pétrolifère du sud, mais a servit de joli prétexte pour revisiter en clins d’œil les silhouettes
emblématiques des cultures américaines mais aussi amérindiennes avec les codes de la maison parisienne.
Sublime Travail de
frange traité sur des cuirs, des tweeds ou des mailles, en référence
aux looks cowboys texans mais aussi aux costumes traditionnels amérindiens.
Amples capes à
rayures tissés en laine et cachemire ceinturées ou à motifs
ethniques portées négligemment sur les épaules ; véritable fourrures,
utilisés l’une des premières fois par Karl Lagerfeld pour Chanel, en référence
sans doute aux trappeurs du continent américain, au commerce des peaux sauvages
mais aussi aux tenues traditionnelles des chamans et chefs de certaines tribus.
Le denim porté
par les chercheurs d’or et les mineurs de l’ouest américain, mixé avec des
robes à volants imprimées sorties d’un saloon très contemporain, le tout
coiffé de chapeaux façon
« Stetson » revisités ou de l’accessoire
must have de ce défilé, la plume unique, format xl, imprimée, monogrammée,
colorée plantée négligemment à l’arrière des cheveux et que l’on rêverait
également de porter !
A noter également qu’à chaque saison, une part de plus en plus importante est faite au vestiaire masculin.Déclinaisons viriles des codes
stylistiques développés pour la femme, l’homme Chanel, vêtu de l’uniforme
gagnant jeans + boots, parcours les plaines du middle-west américain en
s’enveloppant de long gilets en maille à motifs ethniques, de blousons inspirés
par les aviateurs du début du siècle en cuir et tweed, en encore de manteaux
frangés en tweed revisité au toucher que l’on imagine ultra confortable. Collections, qui saison après saison nous
guide vers la voix d’une très attendue véritable ligne homme signée Chanel.
Autre surprise et non des moindres lors de
cet événement, la maison Chanel a annoncée le nom de celle qui sera le nouveau
visage de Chanel pour cette collection - Kristen Stewart ! Celle
dont le choix d’égérie nous avait déjà surpris (pour ne pas dire choqué) par
Balenciaga, l’interprète de Bella dans Twilight représentera la marque au
double C pour la collection Paris Dallas 2013/2014. Assise au premier
rang du défilé, l'actrice américaine de 23 ans, vêtue d’un pull cropped gris, d’un
pantalon large orange et d’un pull marron noué autour de la taille, un look
issu de la collection Chanel printemps été 2014, l'ancienne petite amie de Robert
Pattinson succèdera donc à Tilda Swinton, qui avait posé pour la
collection Métiers d'Art Paris Édimbourg. Sans doute plus crédible dans le rôle très «
Boyish » de la fille
Chanel ultra moderne et rock n’ roll qu’elle ne l’a été pour l’image du parfum
Florabotanica Balenciaga (dont elle n’a ni le coté romantique floral ni
l’aspect vénéneux et envoutant). Marchant sur les pas d’Alice Dellal, Kate Moss
ou encore Blake Lively. Kristen Stewart, véritable garçon manquée d’Hollywood,
symbolise d’une certaine façon la nouvelle génération américaine. Campagne publicitaire
de la saison 2013/2014 à découvrir donc avec Kristen Stewart en tant que
nouvelle égérie de Chanel. Nous ne nous prononcerons pas sur ce sujet….
Cuir, broderies,
gamme de couleur jouant sur les ocres traditionnels des Rocheuses ou du
Nouveau-Mexique, une Amérique fantasmée entre influences coloniales
occidentales et références aux peuples autochtones, le voyage
imaginaire organisé par Karl Lagerfeld nous entraine plus loin que les contrées
désertiques texanes, pour nous emmener au cœur du savoir faire artisanale de
l’univers du luxe, mettant en valeur le travail artisanal des dix ateliers et
maisons composant la constellation Chanel. On applaudit le travail !