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lundi 9 juin 2014

Rihanna Icône du Style ? Vraiment ?



Restons sur les tapis rouges et quittons la côte française pour de plus lointaines contrées. Direction New York ou se tenait il y a quelques petits jours la cérémonie de récompenses annuelle du CFDA (Council of Fashion Designers of America). Récompensant personnalités de la mode qui auront marquées l’année de leur talent, de leur audace (ou de leur carnet d’adresse hein). Inutiles de passer sur les divers prix de la soirée, tous plus ou moins attendus ou inintéressants ; concentrons nous plutôt sur le seul événement marquant de ce grand raout – la robe transparente portée par Rihanna ce soir là. Plus provocante que jamais, la belle Barbadienne (mais pas toujours élégante loin de là), a dévoilé l’ensemble de ses courbes (parfaites), ne cachant rien, à l’exception des quelques centimètre de lycra chair de son shorty.

© Rihanna au CFDA en robe Adam Selman

Apothéose stylistique pour certains,  vulgarité absolue pour d’autres, nombreux ont été les messages qui nous ont été envoyés pour que nous commentions (sans doute de façon incendiaire) la tenue de miss Riri. Il nous aura fallu quelques petits jours de réflexion tout de même pour avoir un avis définitif sur cet événement, l’étourderie d’un avis à chaud n’ayant pas toujours un intérêt décisif.
Il faut dire que, cette fois encore, l’interprète d’Umbrella, plus connu ses derniers temps pour ses photos sexy (non, carrément vulgaire) dans le magasine masculin Lui que pour ses prouesses musicales, n’y est pas allée de main morte ! (Dé)Vêtues d’une robe fourreau entièrement composée de cristaux Swarovski scintillants, signée par le créateur Adam Selman (travaillant notamment pour les costumes de scène de Lady Gaga et de Gwen Stefani). Impossible de ne pas souligner le travail incroyable qu’a nécessité cette création ; pas moins de 230 000 cristaux Swarovski brodés main. « Les couturières étaient encore dessus à 15 heures le jour-même »  a confié le créateur.

Transparente au sens littéral du terme, celle-ci laissait peu de place à l’imagination et à la suggestion, dévoilant sans trop de mal ses courbes généreuses et surtout une poitrine et un tatouage affolant que la très puritaine Amérique  ne saurait accepter. Car au final le vrai soucis n’étant pas tant la nudité de Rihanna, qui clairement ne nous choque pas (le corps humain est magnifique, et il est bien dommage de le cacher de plus en plus), mais c’est plutôt la perception  de celle-ci dans la société et les médias. La robe en elle même est superbe, fourreau rose pâle digne des plus belles heures d’un Gatsby le Magnifique de légende, un petit quelque chose à la Joséphine Baker (qui rappelons le, sortait parfois dans des tenues bien moins couvertes à La Coupole dans les années 20 et personne ne trouvait rien à redire.
© Rihanna au CFDA en robe Adam Selman

En revanche, ce n’est pas pour autant que Rihanna était élégante ; loin de là… Celle-ci ne s’achètera jamais, peu importe la notoriété et/ou les moyens financiers. Ainsi pour compléter le look, un boa en fourrure rose pâle venait se poser sur ses bras nu, cachant dans un jeu de voilé/dévoilé la fourrure de la belle par la fourrure animale… Personnellement j’ai toujours trouvé ce type de métaphore filée stylistique d’assez mauvais goût… Quant au foulard de strass noué sur la tête, il nous rappelle avec bien peu de délicatesse, que finalement miss Riri aura toujours d’avantage un côté Gangsta Girl des plages de la Barbade plus que de l’élégance désinvolte des héroïnes des années folles...
© Rihanna au CFDA en robe Adam Selman

Et d’ailleurs, ce qui nous a au fond « choqué », ce n’est pas tant la transparence de la tenue que l’inélégance et l’ingratitude de la belle.
En effet, alors que Mrs Wintour débutait son éloge à propos de Rihanna avant de lui remettre le prix d’icône du style de l’année par "L’idée est d’être audacieuse, tout en restant soi-même", la jeune chanteuse, toujours irrévérencieuse, n’a pas hésité à répondre : “Anna Wintour établit les règles, moi je les brise”, brandissant fièrement son trophée ! Bon, c’est déjà assez peu élégant de critiquer indirectement celle qui lui remet son prix, mais en plus quelle prétention et quelle manque de modestie ! « Moi je brise les règles ! »…
© Anna Wintour et Rihanna au CFDA

Bah voyons ! Les règles… mais quelles règles chère Rihanna si ce ne sont celle d’une certaine ingratitude de ne pas même remercier celui sans qui vous ne seriez rien stylistiquement parlant ! Alors oui, pour remercier « toute ma famille », il y a toujours du monde sur les tapis rouge, mais pour dire en revanche la vérité au monde, que comme toute célébrité, ses looks ne lui sont en rien due, mais plutôt, dans son cas, au styliste super star Mel Ottenberg qui travaille avec elle depuis près de 3 ans, et qui choisit chacune de ses silhouettes lors d’apparitions publiques, tout comme cette fameuse robe dont tout le monde ne cesse de parler depuis quelques jours.
© Rihanna et Mel Ottenberg
Quelle hypocrisie tout de même de ne pas remercier ce soir là celui sans qui, ce titre déjà presque vide de signification, l’est encore plus lorsque l’on sait que dans son cas précis, que outre être un joli porte manteau dont on choisit minutieusement les tenues à l’avance, c’est bien tout ce à quoi peu prétendre la jeune chanteuse. De la tenue signée Adam Selman (dont c'est le petit copain - tant qu'à faire, autant faire du business en famille...), à la dernière collaboration sur Tapis rouge avec la créatrice Stella McCartney, à la présence au défilé Dior, en passant même par la très controversée (et très vulgaire) séance de shooting pour le magasine Lui (propriété du quelque fois tout aussi vulgaire Frédéric Beigbeder) dont la carrière musicale de celle-ci aurait pu s’en passer, toutes les collaborations mode (et ceci sans exception n’en déplaise à certains qui pensent encore qu’une star marketée à l’heure du 3.0 décide encore de quelque chose….) de Rihanna sont due au talentueux Mel Ottenberg. Tout comme, il serait bon de le rappeler, Lady Gaga dans son jeune temps avec Nicola Formichetti, sans qui elle n’aurait été rien du tout non plus stylistiquement parlant !...

© Rihanna et Mel Ottenberg au défilé Dior
Ainsi, de notre côté, nous décernons sans doute aucun le CFDA de « l’Icône du Style » à Mel Ottenberg, le CFDA du « Changement de look mémérisant nécessaire » à Anna Wintour, le CFDA de « La prétention ingrate » à Rihanna et le CFDA du « Plus beau coup de comm’ » au créateur Adam Selman (dont clairement, personne ne connaissait encore l’existence !)..
A.

© Rihanna photographiée pour le magasine Lui

jeudi 16 mai 2013

MET Ball 2013 – "Punk : Chaos to Couture" - Les Pires Looks !



A l’inverse de ces différentes leçons de style Punk Couture qui nous ont été données brillement  prouvant que l’on pouvait marier élégance et douce impertinence; le pire a également côtoyé sur le tapis rouge carnassier de cette édition du MET Ball 2013 ! De nombreuses stars loin d’avoir compris les codes du mouvement Punk (certes à des années lumières du glam’ Hollywoodien), ou même de toute notion de Mode et de Couture d’ailleurs, ont confondu la Gala annuel du MET avec la parade des horreurs d’Halloween. Intéressons nous de plus près aux pires looks de cette cuvée 2013.

Lugubre saison pour la maison Givenchy et son directeur artistique Ricardo Tisci, qui après n’avoir pas présentée de collection  durant la semaine de la Haute-Couture à Paris en janvier, grime la grande majorité de ses muses de tenues des plus chaotiques (sans doute, mais absolument pas Couture !...). Ainsi, la reine du RNB américain Beyoncé, présidente d’honneur de la soirée (excusez du peu), rutilante telle une voiture tunnée de compétition, arbore fièrement (et franchement y a pas de quoi être fière) un ensemble bustier-jupe à traîne, cuissardes et gants coordonnées (si, si, tout ça) à effet flamme digne des plus belles « Hot Weels » de notre enfance. Cela se passe de commentaire.

© MET Ball 2013 - Beyoncé - Givenchy

Toujours en Givenchy (pourtant vous savez à quel point nous aimons la griffe parisienne, mais la c’est un carnage !), la Madone qui, son âge avançant, ses vêtements raccourcissant et ses traits se lissant, a eu « l’excellente idée » de franchir le tapis rouge en culotte en dentelle noire et escarpins fuchsia. Alors oui, tout était là, le check façon tartan, les studs, les chaînes, les gants en cuir, la résille déchirée et la coiffure dark, mais tous ces éléments disparates font d’avantage penser à un déguisement porté lors d’une soirée trop arrosée qu’à une tenue Punk Couture. Honnêtement chère Madonna, de vous à nous, est-ce bien raisonnable ?.... Non !


© MET Ball 2013 - Madonna - Givenchy
© MET Ball 2013 - Madonna - Givenchy

Encore et toujours en Givenchy (et oui, un carnage que je vous disais), la compagne du chanteur Kanye West (sans qui jamais elle n’aurait d’ailleurs pu franchir les portes du MET, Anna Wintour s’étant toujours refusé de tolérer ce produit de consommation issu de la télé-réalité), Kim Kardashian, enceinte de 7 mois, a eu « la très belle idée » (sa styliste du moins) de porter une robe longue fendue haut sur la cuisse, col montant, et gants coordonnés toujours (mais pourquoi Ricardo ???) à large imprimé floral mettant en avant les dizaines de kilos que Miss Kardashian a pris depuis le début de sa grossesse. Tenue qui a fait les choux gras des réseaux sociaux dès le soir même, comparant l’imprimé de la robe avec celle de certains tissus douteux de canapé…  Je vous laisse juge du désastre. Espérons seulement, que Miss Wintour comprenne ainsi qu’à l’avenir, il serait judicieux à nouveau d’interdire les portes de cette institution aux  starlettes de téléréalité, même si celles-ci sont au bras de Kanye West…

© MET Ball 2013 - Kim Kardashian - Givenchy

En parlant de starlette, Miley Cyrus, 20 ans, a fait son apparition sur le tapis rouge, dans une robe longue en résille noire sur fond chair signée Marc Jacobs, faisant ainsi un clin d’œil à l’un des codes du vestiaire Punk et qui sans ses déboires capillaires aurait pu allègrement faire partie des « meilleurs looks » de cet évènement. Seulement, ayant suivi à la lettre le dress code, l'ex-star de la série Hannah Montana s'est amusée à mettre le chaos, non pas dans son look, mais dans ses cheveux, déstructurant ses attributs capillaires peroxydés afin de les coiffer façon pétard mouillé. Désolé Miley, mais le look Vivelle Dop effet mouillé + Fixation d’Acier c’est No Way !

© MET Ball 2013 - Miley Cirus - Marc Jacobs

Autre hérésie capillaire, la toujours très bohème chic Nicole Richie, vêtue d’une robe longue blanche rebrodée de cristaux signée Topshop (admirons la prouesse), a sans doute confondue malencontreusement les grandes heures du Punk et les grandes heures de Disney, s’inspirant de la chevelure blanche et poudrée d’une Cruella des temps modernes. Contraste bien trop fort avec la peau dorée de la jeune maman qui accentue avec dureté ses traits et lui donne malheureusement un air beaucoup trop diaphane.

© MET Ball 2013 - Nicole Richie - Topshop

Perdue sans doute dans les méandres d’un mariage malheureux, l’ancien mannequin Linda Evangelista, s’en ai revenu de la maison hantée, vêtue d’une robe meringue en tulle claire signée Marchesa, Linda, presque mystique, perdue quelque part entre le personnage de la Reine des Fées et celle de la Mariée Décédée, nous angoisserait presque dans cette tenue qui n’est en aucun cas ni Punk, ni Couture.  

© MET Ball 2013 - Linda Evangelista - Marchesa

La reine du cinéma de vampire adolescent, Kristen Stewart, a foulée le tapis rouge dans une combinaison pantalon Stella McCartney des moins flatteuses. Passons le ton sur ton rouge carmin du maquillage, du tapis et de la combi, passons sur les empiècements de dentelles plus ou moins approximatifs, mais impossible de passer sur la coupe du pantalon et les coutures à l’entrejambe dont toute femme se serait volontiers passées, et qui méritent à elles seules un carton rouge stylistique (tant qu’à faire un raccord de plus) !

© MET Ball 2013 - Kristen Stewart - Stella McCartney

Quant à Mary Kate Olsen, pas peu fière d’exhiber sa Djellaba Christian Dior Vintage orange brodée, telle le charmant fantôme de la citrouille d’Halloween, elle vient clore ce bal des vampires stylistique.


© MET Ball 2013 - Mary-Kate Olsen - Dior Vintage
© MET Ball 2013 - Mary-Kate Olsen - Dior Vintage


Hors Sujets

Enfin, certains des invités du MET Ball 2013 ont dus de toute évidence s’être trompés de cartons d’invitation, voire de soirée… Ainsi lorsque le thème parlait de "Punk : Chaos to Couture" certains d’entre eux ont compris tout à fait autre chose.

En tête de file, le styliste Marc Jacobs, en costume à pois Comme des Garçon, a s’en doute confondu la soirée pyjama hebdomadaire avec son amie Sofia Coppola et le tapis rouge du MET. Pour une fois que les kilts écossais et les grosses boots de Marc Jacobs auraient fait sens, il est bien dommage que le styliste américain n’est pas trouvé d’à propos de les porter…

© MET Ball 2013 - Marc Jabobs - Comme des Garçons

La chanteuse Katy Perry, réputée pour ses looks extravagants et colorés qui nous amuse beaucoup la plus part du temps, s’est, à n’en pas douter, trompée de soirée. Ainsi, en lieu et fort du MET Ball placé sous le signe du mouvement Punk, est venu affronter l’armée de photographes présents ce soir là, grimée en personnage Byzantin de la dernière collection Dolce&Gabbana, toute de gold vêtue. Venue sans doute dans l’espoir de tirer les rois ce soir là, elle s’est autoproclamée sans détour Reine du Gala, coiffée d’une Couronne Toc digne de la plus belle des Epiphanies ! (Aux dernières nouvelles, suite à cette soirée où son look fut des plus critiqué, Miss Perry aurait attaquée en justice son coiffeur. Il est évident, qu’elle devrait plutôt attaquer en justice son styliste !...)

© MET Ball 2013 - Katy Perry - Dolce&Gabbana



Bon, alors certes, lorsque l’on est la Rédactrice en chef du Magazine de Mode le plus puissant au monde, oui il est de bon ton de porter du Chanel Haute Couture… Seulement, lorsque l’on est également la coorganisatrice d’une soirée dont le thème est "Punk : Chaos to Couture" ne serait-il pas bon pour une fois de laisser au placard (aussi immense soit-il) les gentils imprimés floraux et passer pour une fois à des choses un peu plus rock ?.... Je pense que si…

© MET Ball 2013 - Anna Wintour - Chanel

Quant à la petite Elle Faning, 15 ans, il semblerait plus judicieux de laisser ce type d’exercice périlleux aux grandes personnes, de retirer illico presto cet horrible maquillage censé se coordonner à sa tenue (non, le thème n’était pas le come back de la tendance hippie chic), de se passer un petit coup d’Eau Précieuse, et hop, au lit, privée de dessert !


© MET Ball 2013 - Elle Faning - Rodarte
© MET Ball 2013 - Elle Faning - Rodarte


Une autre actrice qui mériterait également d’être privée de dessert après cette soirée, est l’indétrônable Miss Schweppes. L’actrice Uma Thurman, pas punk pour un sous, faussement Couture en Zac Posen aux relents de Christian Dior Vintage époque Galliano semble aussi peu à sa place que nous le serions sur le futur tournage d’une boisson gazeuse. Next.

© MET Ball 2013 - Uma Thurman - Zac Posen

La next Hors Sujet Girl est Chelsea Clinton, fille unique de l’ancien couple présidentiel (pourquoi déjà est-elle invité ????), s’est sans doute trompé de tapis rouge sur son agenda électronique et a du confondre le gala du MET et la réunion de récolte de fond du Loto Bingo de la 3ème avenue. Enfin, nous espérons du moins.

© MET Ball 2013 - Chelsea Clinton

Enfin, contre soirée dans la soirée, plusieurs invités ont de toute évidence confondu Punk et Funk et sont ainsi arrivées plus Sauvages et Jungle que jamais. Notons Jennifer Lopez en robe longue Michael Kors à imprimé animalier jouant sur les transparences ou encore Solange Knowles en robe longue Kenzo imprimé savane sur fond bleu ; nous rappelant aux aimables invitées certes que New York est un peu une grande jungle urbaine, mais tout de même, n’abusons pas !...


© MET Ball 2013 - Jennifer Lopez - Michael Kors
© MET Ball 2013 - Solange Knowles - Kenzo


Au final, il est assez triste de constater que lorsque l’on fait le calcul, avec la quantité de couturiers talentueux, de modèles de robes et d’accessoires superbe crées tout au long de l’année, de stylistes entourant ses célébrités et censés leur apporter une certaine garantie de bon goût ou du moins de justesse,  l’on arrive à une majorité de looks plus ou moins hasardeux, plous ou moins maitrisés, et parfois même désastreux ! Tant de professionnels, tant de budgets, tant de couverture médiatique pour cela ? Dommage.

PUNK IS NOT DEAD !

A.

vendredi 30 novembre 2012

La Petite Veste Noire, l'expo 2.0 ?



Novembre, le mois de la Photo à Paris, le mois également qui a été choisit pour présenter une exposition autour d’un classique de la maison Chanel – la Petite Veste Noire. Revisitée, sublimée, détournée, la collaboration de Karl Lagerfeld à la photographie et de Carine Roitfeld au stylisme met en valeur cet objet culte et fantasmée par des générations de femmes (mais aussi d’hommes) en quête d’élégance et de « Statement Fashion » absolu. L’occasion aussi pour les Garçons aux Foulards de collaborer avec un nouvel invitéSébastien Appiotti. Passionné de photographie, d’écriture et de littérature, il est d’ailleurs le co-fondateur du très bon blog photographique Photophores et nous livre sa vision de cette exposition incontournable et iconique mettant en scène personnalités du monde de la mode, de l’art, du cinéma et de la musique face à l’objectif en noir et blanc acéré du Keyser. Mais nul besoin d’en dévoiler d’avantage, faisons place et découvrons !
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© Sébastien Appiotti pour Les Garçons aux Foulards
La petite veste noire, une exposition-vitrine
Le lieu choisi, le Grand Palais, où se déroulent les défilés Chanel depuis plusieurs années, est un des éléments offrant sur le papier la légitimité nécessaire pour placer ces photographies de mode au rang d’exposition à part entière. Présentée du 10 au 25 novembre à Paris, le spectateur, après la surprenante déconvenue de se voir réduit à monter un escalier en fer interminable, se retrouve face à « The Little Black Jacket ». Une ambiance tamisée, intime, offrant une relation privilégiée entre le spectateur et les photographies, de grand format. L’espace dédié au Grand Palais est immense, et offre deux perspectives sur des murs de photographies, dans un souci permanent de minimalisme et d’élégance.
© Sébastien Appiotti pour Les Garçons aux Foulards


La recherche de légitimité en tant qu’exposition, et non pas simplement en tant qu’élément de marketing et de promotion d’une image de marque, est d’emblée recherchée à travers la présentation de Karl Lagerfeld photographe. On connaît ce dernier pour ses créations Chanel, mais également pour ses casquettes multiples: sa griffe éponyme, ses collaborations, ses apparitions dans des films et publicités. Karl Lagerfeld est iconique, mais est-il pour autant photographe? Ce dernier nous est présenté comme exposant depuis 1989, avec des passages remarqués à Paris, au Musée d’art Moderne en 1991, à la FIAC en 1997 et à la MEP en 2010.
Force est de constater que le duo Lagerfeld/Roitfeld a eu avec Chanel les moyens de ses ambitions: l’exposition est itinérante depuis avril 2012, avec un passage dans 10 villes, couvrant ainsi capitales de la mode et hauts lieux culturels du monde entier - Tokyo, New-York, Londres, Moscou, Paris ... Une exposition qui joue sur le duo unité thématique - la veste noire - / diversité dans l’exécution de la prise de vue et de la mise en valeur de la pièce portée. Celle-ci comporte un mur droit de 30 photographies sur 3 rangées, soit 90 portraits, et un mur gauche contenant une dizaine de grands formats, rouge, bleu, noir et blanc. Au fond de la salle, une installation consacrée à Yoko Ono, faisant face de l’autre côté à des tirages géants de photographies en négatif.
© Sébastien Appiotti pour Les Garçons aux Foulards
Photographies de mode ou mode de la photographie ? 
L’équipe autour de ce projet a rassemblé plus de 25 personnes; le casting est digne d’un Who’s who mêlant stars internationales, françaises, personnalités dans le monde de la mode: Sofia Coppola, Yoko Ono, Kirsten Dunst, Ayo, Sarah Jessica Parker, Romain Duris, Inès de la Fressange, tous éclipsés par Anna Wintour, dont le magnétisme photographique nous a frappé: elle est la seule à être de dos, coiffure reconnaissable entre mille, placée plein centre parmi 90 photos sur le mur droit.
© Sébastien Appiotti pour Les Garçons aux Foulards
Deux éléments changent toutefois la donne par rapport à une exposition « classique » : l’entrée est gratuite, les photographies sont autorisées. Un public plutôt jeune, international, majoritairement féminin. Cette exposition est un lieu de création de désir autour de la marque au double C. Le vêtement basique, intemporel, créé par Coco Chanel en 1954, décliné en une multitude de coupes, textures est la trame de l’exposition, la photographie en est l’intermédiaire: photographies de mode et public photographiant les photographies.
© Sébastien Appiotti pour Les Garçons aux Foulards
Le choix du noir et blanc grand format n’est pas anodin: on insiste sur la notion d’héritage Chanel, la petite veste noire comme symbole d’un style et d’une histoire sur le temps long de la mode. La cohérence est totale avec le lieu d’exposition: une sorte de galerie-loft en longueur, très sombre et épurée. Du grand format, avec une attention accrue sur la recherche de l’expression, de la « juste pose » pour mettre le mieux en valeur cette pièce iconique qu’est la petite veste noire.
Entendue à de maintes reprises, la question du « Qui » semble être plus importante que celles du « Pourquoi » ou du « Comment »: on vient voir Chanel porté par l’élite mondaine et artistique actuelle, on vient voir Karl Lagerfeld, bien plus que les photographies de Karl Lagerfeld !...
Le mur droit, présentant pas moins de 90 photographies divisées en 30 X 3 est particulièrement intrigant: chaque spectateur semble scruter les éléments qui vont constituer sa définition de la veste noire, avec photographies à la clé.
© Sébastien Appiotti pour Les Garçons aux Foulards
Un rapide coup d’oeil sur Instagram le prouve: pas moins de 7500 photographies ont été identifiées avec les tags #thelittleblackjacket , #littleblackjacket , #lapetitevestenoire , et combien d’autres nous échappant sur Facebook ou Twitter. La petite veste est un vêtement qui se partage: non pas via des encarts publicitaires Chanel, mais par de la photographie privée, celle du spectateur. Désormais, vous, lecteur, percevez mieux ce qui m’a fasciné dans cette exposition: la mise en abyme, soit le procédé consistant à reproduire une oeuvre dans une oeuvre. Exemple pratique: le spectateur en extase devant la petite veste noire et photographiant de la photo pendant cette exposition.
© Sébastien Appiotti pour Les Garçons aux Foulards
J’emporte un petit bout de la veste noire et je repars par l’escalier de service 
Le Diable pourrait désormais bien s’habiller en Chanel: avant de partir, une boutique éphémère attire votre oeil. Le staff Chanel vous accueille, et vous propose de choisir un poster parmi quatre: une chanteuse, une modèle, une actrice internationale, et Virginie Viard, Chanel Studio Director. Au pays du tout payant, le poster est gratuit: L’employé Chanel présent sur place me souligne la surprise des spectateurs pensant payer pour ramener un bout de la veste noire chez eux.
La photographie est gratuite, elle est éditée à des milliers d’exemplaires: non seulement le spectateur photographie, mais il emporte sa veste noire avec une probabilité assez forte de l’afficher étant donné la qualité des photos proposées. La logique Chanel est implacable: faire de la photographie un media de communication autour d’une pièce iconique, la veste noire, autour d’un concept novateur, l’exposition 2.0: celle qui se laisse photographier, celle dont on peut emporter un fragment. Mais c’est aussi l’exposition qui a un ascenseur « out of service », et des conditions d’accès indignes de l’ambition initiale affichée: cela est paradoxalement rassurant, Chanel n’a pas (encore) pensé à tout.
S.A.

© Sébastien Appiotti pour Les Garçons aux Foulards