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samedi 1 février 2014

Paris Haute-Couture PE/14 – Nos coups de cœur



Après deux semaines de défilés hommes, dont les silhouettes vacillaient de l’improbable à l’ennui mortel, quel bonheur de découvrir les nouvelles collections Haute Couture. Minutie, savoir-faire, exception, autant de mots qui viennent à l’esprit pour décrire cette parenthèse de luxe portée à son paroxysme et qui rappellent à chaque fois pourquoi, l’univers de la Mode, lorsqu’il est respecté, fait vibrer. Loin des expérimentations conceptuelles de stylistes en quête de nouveauté perpétuelle, il est bon parfois de rappeler que la Mode sert avant tout à vêtir et à mettre en valeur la personne qui la porte ; et la Haute Couture, symbole parisien par excellence, apporte ce supplément d’âme qui lui est propre et qui fait tant rêver. Exercice un peu désuet diront certains ; la vérité est tout autre lorsque l’on voit la vitalité du calendrier des défilés et la quantité de maisons qui recommencent à proposer des collections Haute Couture et les créateurs qui se sont fait connaître à travers le monde, développant un carnet d’adresse de clientes de plus en plus nombreuses (et de plus en plus riche), en recherche permanente d’excellence. Ainsi, français ou européens, jeunes designers ou maisons plus institutionnelles, voyage au cœur du Beau. 

Giambattista Valli

Quel plaisir de retrouver saison après saison, défilé après défilé, les collections du merveilleux Giambattista Valli. Ôde absolue à la féminité, son travail pourrait servir à lui seul de définition au mot « Couture ».  Utilisation des matériaux les plus nobles, les dentelles côtoient les guipures, les failles de soie concurrencent les satins duchesse, alors que l’art de la broderie vient souligner par touches des robes dont les lignes suffisent déjà à parfaire la silhouette des clientes les plus exigeantes. Vestiaire Couture mais indéniablement contemporain, composé pour la journée de robes corolles à manches, dont le volume des jupes est basculé vers l’arrière pour plus de légèreté.

© Giambattista Valli - Haute Couture PE14
© Giambattista Valli - Haute Couture PE14
© Giambattista Valli - Haute Couture PE14
© Giambattista Valli - Haute Couture PE14

A l’heure du cocktail, les plus intrépides arborent des robes bustier aux jupes nœuds époustouflantes, les plus sages opteront pour des robes trois trous dont les ceintures tailles haute en satin noir font un clin d’œil aux smokings masculins ; enfin, pour le soir, les volumes se rallongent, la silhouette devenant sculpturale. Association parfaite du blanc pur, souligné de noir, laissant le bleu cobalt ou le rouge rubis des broderies exulter. Un véritable sans faute stylistique.

© Giambattista Valli - Haute Couture PE14
© Giambattista Valli - Haute Couture PE14
© Giambattista Valli - Haute Couture PE14


Valentino

C’est à un merveilleux voyage dans le temps et dans l’espace que nous invitent Maria Grazia Chiuri et Pier Paolo Piccioli, duo stylistique de talent qui dessine à quatre mains les collections de la plus parisienne des maisons romaines. Incursion au cœur de l’âge d’or des royaumes et des cités états de la Renaissance Italienne, à une période ou le costume féminin vacillaient entre une sobriété encore toute médiévale et une féminité prête à éclore. Ainsi, les lignes, sages de prime abord, presque austères font rapidement place à une vision de la mode, mais aussi par extension de la vie, plus en retenue. 

© Valentino - Haute Couture PE14
© Valentino - Haute Couture PE14
© Valentino - Haute Couture PE14
© Valentino - Haute Couture PE14

Longueurs au sol, épaules et bras recouverts de capes en mousselines ou en dentelles à motif vitrail, l’apparente sagesse des formes, laisse rapidement place au jeu de la transparence. Transparence des mousselines laissant deviner les courbes d’un sein, transparence des dentelles soulignant les épaules ou les dos largement dévoilés, la femme Valentino s’accapare au travers du vêtement l’altière élégance des figures médiévales, la force des héroïnes Borgiennes dont elle est la digne héritière. Tanto Dramatica !

© Valentino - Haute Couture PE14
© Valentino - Haute Couture PE14
© Valentino - Haute Couture PE14


Versace

Une fois n’est pas coutume, la blonde peroxydée la plus célèbre d’Italie aura livrée une collection féminine et déchargée des codes souvent trop ambigus qui lui sont familiers. Loin des excès de sexualité qui transpiraient lors de ses défilés, des références à l’univers du bondage ou du SM, parfois à la limite du mauvais goût, Donatella Versace s’est débarrassée du superflus, pour se concentrer sur la ligne et nous disons oui ! Silhouettes longilignes, féminité exacerbée au travers de jeux de drapés complexes parfaitement maitrisés, soulignant les courbes, chevauchant les corps de l’épaule jusqu’à la chute de la robe

© Versace - Haute Couture PE14
© Versace - Haute Couture PE14
© Versace - Haute Couture PE14
© Versace - Haute Couture PE14

Contraste des soies fluides et des ceintures corsets dessinant les tailles, et structurant les silhouettes, la femme Versace, Vestale contemporaine, s’enroule de précieuses étoffes brodées au tomber parfait. Travail remarquable associant la brillance des sequins posés délicatement à la main et l’aspect presque mât des soies, on distingue les jeux de transparences présents dans le dos des robes, découvrant subtilement quelques centimètres volés de peau. Douceur et délicatesse des pastels faisant écho à la carnation de la peau, dynamisées de touches chatoyantes, presque sanguines rappelant indéniablement que la griffe à la Gorgone est née en terre de feu et défend la vision d’un style raffiné, indéniablement solaire.

© Versace - Haute Couture PE14
© Versace - Haute Couture PE14
© Versace - Haute Couture PE14


Alexandre Vauthier

Maître incontesté d’une certaine vision du Glamour, Alexandre Vauthier dessine ses collections pour des femmes belles, fortes, puissantes et sûres d’elles. Car il faut bien qu’elles soient au moins un peu de tout cela pour porter les incroyables tenues de franges noires jouant sur les transparences, dévoilant petit à petit le corps, hypnotisant celui qui regarde le mouvement continu des celles-ci, se balançant de part et d’autre du corps au fil du déhanché ; ou encore les mini robes bustier en cuir entrelacé. Force presque animale qui se dégage d’un cuir couleur sang porté avec une clutch coordonnée en crocodile vernis – remarquable ! 

© Alexandre Vauthier - Haute Couture PE14
© Alexandre Vauthier - Haute Couture PE14
© Alexandre Vauthier - Haute Couture PE14

Quand enfin, un peu plus sage, Alexandre Vauthier travaille le noir, couleur qui lui est chère, il le souligne toujours d’or, par touches ou par vagues ; or brillant ou mât, traité sur des colliers XXL ou des détails, des finitions pour apporter une pointe de lumière au cœur de la nuit de ses futures clientes. Nuit éclairée incontestablement par le talent de celui qui a réussit l’exploit de se faire un nom dans cet univers ultra concurrentielle, à échelle planétaire, en moins de dix ans, en débutant par l’exercice le plus éminent, le plus remarquable, mais aussi le plus onéreux de l’univers de la mode – la Haute Couture !

© Alexandre Vauthier - Haute Couture PE14
© Alexandre Vauthier - Haute Couture PE14

Etonnante remarque que je viens de me faire après ce rapide passage en revue des quelques défilés qui nous ont marqués cette saison, et dont les collections sont toutes signées d’un V…. Versace, Valli, Valentino, Vauthier… étonnant clin d’œil du destin qui nous indique sans doute la Voie d’une certaine Vérité ou plus certainement d’une incroyable Virtuosité Vénérant les Valeurs d’une Vision du beau. Verdict : Vibrant !

A.

lundi 2 décembre 2013

Mermi - Interview au « carré de soie »



S’il est une chose qui fait très plaisir lorsque l’on est, comme nous, passionné et collectionneur de foulard, c’est d’avoir l’occasion de découvrir un nouveau styliste dont les créations vous font vibrer et attisent votre intérêt ; et quand en plus vous avez la chance de pouvoir vous entretenir avec l’instigateur d’un tel projet et de l’interviewer c’est une véritable délectation! Et c’est d’ailleurs ce qu’il s’est passé avec la jeune griffe parisienne de foulards Mermi, et son fondateur éponyme Philippe Mermi. Découverte au fil de nos pérégrinations parisiennes, déjà présent au Bon Marché, nous sommes tombés sous le charme des couleurs éclatantes et des subtiles références à un monde doucement suranné, à jamais perdu, mis en avant par certaines des collections de la jeune marque. Séries intitulées Bords de mer aux noms évocateurs Trouville, Biarritz, Quimper, La Baule…. Je t’aime ou encore Icônes ; autant de jolies madeleines de Proust qui nous entrainent au coeur d’un voyage aux multiples facettes.  Tout l'esprit d'une dolce vita à la française avec ces carrés imaginés à partir de photographies vintage prisent au temps des trente glorieuses. Des instantanés de petits bonheurs simples, plein d'humour, qui font écho à nos souvenirs d’enfance.
© Les Garçons aux Foulards - Mermi SS14 

Mais avant de trop en dire, laissons place au créateur Philippe Mermi, instigateur de ce nouveau projet graphique et coloré, lauréat du prix de la mode 2012, organisé par la Mairie de Paris, qui s’est prêté volontiers au jeu de l’interview:


Les Garçons aux Foulards : Diplômé de l’école des Beaux-Arts, une carrière dans l’univers de l’Edition et du Web, votre parcours personnel et professionnel est des plus riches, pourriez vous nous en dire un peu plus quant à son évolution?

Philippe Mermi : Graphiste de métier, j’ai commencé dans la création de sites internet pour des supports divers liés à l’univers de la mode, du luxe, de l’architecture, développant ainsi une certaine sensibilité au produit mais aussi aux différents aspects marketing d’une entreprise qui m’étaient étrangers auparavant et m’ont permit d’appréhender plus facilement l’expérience de la création d’entreprise et surtout de m’y essayer.

GAF : Assez loin des débuts de vore carrière, comment s’est faite votre arrivée dans l’univers de la Mode et pourquoi avoir choisit de créer une collection de foulards?

PM : J’ai toujours a eu d’une certaine façon un pied dans l’univers de la mode au travers des différents clients avec lesquels j’ai travaillé. L’idée s’est faîte avec la volonté de changer d’univers et de développer ma propre marque, de m’exprimer pleinement également en tant que graphiste; de mettre en avant mes goûts, mon amour du beau, du travail bien fait, de la couleur. Pour ce qui est de foulards, c’était une évidence, je les ai toujours aimés et portés.

GAF : Sports, scènes de bords de mers aux noms évocateurs des vacances de notre enfance ou encore couples rétro, comment choisissez vous les images que vous mettez en avant sur vos foulards?

PM : Ce sont essentiellement des images anciennes que je chine au fil de mes promenades parisiennes entre brocantes et boutiques spécialisées dans l’univers de la photographie, notamment au coeur du Haut Marais. Passionné et collectionneur de vieilles photos, j’aime beaucoup leur coté presque “kitch”, un peu désuet et je me suis dit de certaines images qu’il serait sans doute possible de les transformer, les transposer dans le présent; essayer de faire quelque chose d’un peu plus fun et personnel à partir de ce matériau qui m’était cher.

© Les Garçons aux Foulards - Mermi SS14 
© Les Garçons aux Foulards - Mermi SS14 
© Les Garçons aux Foulards - Mermi SS14 

GAF : Outre ces belles photographies, la série Icône reprend des images tout droit sorties de l’iconographie religieuse, détournées à grand coups de couleurs pop – pourquoi ce choix étonnant?

PM : Parce que j’adore ça tout simplement, je trouvais cela intéressant de travailler sur ces images très belles; sans aucun but religieux bien sur, ni l’intention de choquer le pulic ou les personnes croyantes, juste la volonté de confronter ces pièces d’art classique avec des couleurs très pop; créer le contraste, faire mouche auprès de la personne qui va le découvrir et sans doute le porter.

© Les Garçons aux Foulards - Mermi SS14  
© Alfredo Salazar - Mermi SS14 
© Mermi SS14 


GAF : Mélanges audacieux de styles et de couleurs, vous semblez avoir fait des codes pop et gaphiques votre signature stylistique, voulant réveiller peut-être un produit souvent consideré comme “classique”?

PM : On a déjà tellement fait autour de ce produit dans le passé, entre formes, couleurs, motifs et matériaux; ne pas oublier non plus que l’on s’attaque à l’un des codes bourgeois par excellence. J’essaye de remettre le foulard au coeur de la tendance, d’en faire quelque chose de décalé et de différent; d’apporter une pointe de nouveauté qui fasse évoluer la perception du foulard et de sa clientèle aussi! D'ailleurs, le Bon Marché Rive Gauche, qui a sans doute le plus beau bar à foulard de la capitale, à choisit de distribuer en exclusivité quelques modèles de la collection.

GAF : Matériaux nobles, fabrication lyonnaise, pourriez vous nous en dire un peu plus sur l’aspect production de vos collections?

PM : Déclinés en bandanas, carrés ou étoles, tous les modèles de la collection sont en twill de soie ou en voile de cachemire ou de soie et modal pour les grandes étoles. Roulotés main pour ceux qui le nécessitent, de fabrication française et italienne, j’ai essayé de collaborer avec les meilleurs acteurs du secteur de la soie, des ateliers lyonnais pour le travail traditionnel du twill, à la vallée de Côme en Italie ou se trouvent les ateliers et les artisans spécialisés dans la confection de foulards en lainage. Après, il est certain que contrairement à un Hermès ou à tout autre  grande maison spécialisée dans les foulards, les volumes de production pour une jeune marque débutante sont forcèment plus petits et demandent donc en permanence une certaine capacité à jongler entre réalité commerciale et réalité de production – un vrai challenge.

© Mermi SS14 



GAF : Votre dernière collection “C’est si bon” avec ses messages XXL intrigue, pourriez vous nous en dire quelques mots ?

PM : L’idée initiale était de réaliser des foulards à partir de photos érotiques anciennes, mais, je dois l’avouer, il est bien difficle de trouver des images élégantes qui puissent jouer subtilement sur ce registre sans tomber dans un côté un peu trop “olé-olé”.  Ainsi est venu l’idée des messages aux consonnances parfois sexy, parfois amusantes, sorte de synthèse graphique et idéographique de ses photos suggerées, laissant libre court à l’interpretation de chacun – “c’est trop”, “oh oui”, “j’ai chaud”, “c’est si bon” prenant des significations parfois diamétralement différentes selon la personne qui va le porter ou qui va lire le message. L’idée du message était aussi de transformer le foulard en un “objet” que l’on peut porter également comme un vetêment en “soie”, une sorte de t-shirt à message nouvelle génération.

© Les Garçons aux Foulards - Mermi SS14 

© Alfredo Salazar - Mermi SS14 

GAF : Un coup de coeur, un modèle qui vous est particulièrement cher?

PM :  Sans doute le couple de bord de mer du modèle Bandol, avec cette photographie en noir et blanc encadrée de vert acide que j’aime beaucoup, tout comme Justin, le cycliste en camaieux de gris et de corail de la série Sport.

© "Bandol" - Mermi SS14 

© "Justin" - Mermi SS14 

GAF : Enfin, pourriez vous nous donner un indice quant aux inspirations de votre prochaine collection?

PM : Des nuances un peu plus sombres, plus hivernales autour des gris, j’aimerais aussi beaucoup développer des accesoires en laine, plus chauds et sans doute définir une collection 100% masculine.

A la croisée des savoirs faire traditionnels et des techniques contemporaines, les collections Mermi s’inventent chaque saison depuis près de deux ans. Des méthodes d’impression numérique les plus récentes associées aux photographies vintages servant de base aux carrés aériens et écharpes vaporeuses; Philippe Mermi, leur créateur passionné, prouve que derrière les voiles de soie, laine ou modal, peut se cacher parfois un esprit canaille, sexy et décalé. Couleurs flamboyantes et pop, graphismes élégants et interjections joyeuses, un souffle de légèreté flotte dans l’air et n’attend que de nous habiller d’une pointe d’excentricité colorée. Un seul mot d’ordre pourrait résumer la saison : Have Fun !!!!!
A.



© Les Garçons aux Foulards - Mermi SS14