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samedi 1 février 2014

Paris Haute-Couture PE/14 – Nos coups de cœur



Après deux semaines de défilés hommes, dont les silhouettes vacillaient de l’improbable à l’ennui mortel, quel bonheur de découvrir les nouvelles collections Haute Couture. Minutie, savoir-faire, exception, autant de mots qui viennent à l’esprit pour décrire cette parenthèse de luxe portée à son paroxysme et qui rappellent à chaque fois pourquoi, l’univers de la Mode, lorsqu’il est respecté, fait vibrer. Loin des expérimentations conceptuelles de stylistes en quête de nouveauté perpétuelle, il est bon parfois de rappeler que la Mode sert avant tout à vêtir et à mettre en valeur la personne qui la porte ; et la Haute Couture, symbole parisien par excellence, apporte ce supplément d’âme qui lui est propre et qui fait tant rêver. Exercice un peu désuet diront certains ; la vérité est tout autre lorsque l’on voit la vitalité du calendrier des défilés et la quantité de maisons qui recommencent à proposer des collections Haute Couture et les créateurs qui se sont fait connaître à travers le monde, développant un carnet d’adresse de clientes de plus en plus nombreuses (et de plus en plus riche), en recherche permanente d’excellence. Ainsi, français ou européens, jeunes designers ou maisons plus institutionnelles, voyage au cœur du Beau. 

Giambattista Valli

Quel plaisir de retrouver saison après saison, défilé après défilé, les collections du merveilleux Giambattista Valli. Ôde absolue à la féminité, son travail pourrait servir à lui seul de définition au mot « Couture ».  Utilisation des matériaux les plus nobles, les dentelles côtoient les guipures, les failles de soie concurrencent les satins duchesse, alors que l’art de la broderie vient souligner par touches des robes dont les lignes suffisent déjà à parfaire la silhouette des clientes les plus exigeantes. Vestiaire Couture mais indéniablement contemporain, composé pour la journée de robes corolles à manches, dont le volume des jupes est basculé vers l’arrière pour plus de légèreté.

© Giambattista Valli - Haute Couture PE14
© Giambattista Valli - Haute Couture PE14
© Giambattista Valli - Haute Couture PE14
© Giambattista Valli - Haute Couture PE14

A l’heure du cocktail, les plus intrépides arborent des robes bustier aux jupes nœuds époustouflantes, les plus sages opteront pour des robes trois trous dont les ceintures tailles haute en satin noir font un clin d’œil aux smokings masculins ; enfin, pour le soir, les volumes se rallongent, la silhouette devenant sculpturale. Association parfaite du blanc pur, souligné de noir, laissant le bleu cobalt ou le rouge rubis des broderies exulter. Un véritable sans faute stylistique.

© Giambattista Valli - Haute Couture PE14
© Giambattista Valli - Haute Couture PE14
© Giambattista Valli - Haute Couture PE14


Valentino

C’est à un merveilleux voyage dans le temps et dans l’espace que nous invitent Maria Grazia Chiuri et Pier Paolo Piccioli, duo stylistique de talent qui dessine à quatre mains les collections de la plus parisienne des maisons romaines. Incursion au cœur de l’âge d’or des royaumes et des cités états de la Renaissance Italienne, à une période ou le costume féminin vacillaient entre une sobriété encore toute médiévale et une féminité prête à éclore. Ainsi, les lignes, sages de prime abord, presque austères font rapidement place à une vision de la mode, mais aussi par extension de la vie, plus en retenue. 

© Valentino - Haute Couture PE14
© Valentino - Haute Couture PE14
© Valentino - Haute Couture PE14
© Valentino - Haute Couture PE14

Longueurs au sol, épaules et bras recouverts de capes en mousselines ou en dentelles à motif vitrail, l’apparente sagesse des formes, laisse rapidement place au jeu de la transparence. Transparence des mousselines laissant deviner les courbes d’un sein, transparence des dentelles soulignant les épaules ou les dos largement dévoilés, la femme Valentino s’accapare au travers du vêtement l’altière élégance des figures médiévales, la force des héroïnes Borgiennes dont elle est la digne héritière. Tanto Dramatica !

© Valentino - Haute Couture PE14
© Valentino - Haute Couture PE14
© Valentino - Haute Couture PE14


Versace

Une fois n’est pas coutume, la blonde peroxydée la plus célèbre d’Italie aura livrée une collection féminine et déchargée des codes souvent trop ambigus qui lui sont familiers. Loin des excès de sexualité qui transpiraient lors de ses défilés, des références à l’univers du bondage ou du SM, parfois à la limite du mauvais goût, Donatella Versace s’est débarrassée du superflus, pour se concentrer sur la ligne et nous disons oui ! Silhouettes longilignes, féminité exacerbée au travers de jeux de drapés complexes parfaitement maitrisés, soulignant les courbes, chevauchant les corps de l’épaule jusqu’à la chute de la robe

© Versace - Haute Couture PE14
© Versace - Haute Couture PE14
© Versace - Haute Couture PE14
© Versace - Haute Couture PE14

Contraste des soies fluides et des ceintures corsets dessinant les tailles, et structurant les silhouettes, la femme Versace, Vestale contemporaine, s’enroule de précieuses étoffes brodées au tomber parfait. Travail remarquable associant la brillance des sequins posés délicatement à la main et l’aspect presque mât des soies, on distingue les jeux de transparences présents dans le dos des robes, découvrant subtilement quelques centimètres volés de peau. Douceur et délicatesse des pastels faisant écho à la carnation de la peau, dynamisées de touches chatoyantes, presque sanguines rappelant indéniablement que la griffe à la Gorgone est née en terre de feu et défend la vision d’un style raffiné, indéniablement solaire.

© Versace - Haute Couture PE14
© Versace - Haute Couture PE14
© Versace - Haute Couture PE14


Alexandre Vauthier

Maître incontesté d’une certaine vision du Glamour, Alexandre Vauthier dessine ses collections pour des femmes belles, fortes, puissantes et sûres d’elles. Car il faut bien qu’elles soient au moins un peu de tout cela pour porter les incroyables tenues de franges noires jouant sur les transparences, dévoilant petit à petit le corps, hypnotisant celui qui regarde le mouvement continu des celles-ci, se balançant de part et d’autre du corps au fil du déhanché ; ou encore les mini robes bustier en cuir entrelacé. Force presque animale qui se dégage d’un cuir couleur sang porté avec une clutch coordonnée en crocodile vernis – remarquable ! 

© Alexandre Vauthier - Haute Couture PE14
© Alexandre Vauthier - Haute Couture PE14
© Alexandre Vauthier - Haute Couture PE14

Quand enfin, un peu plus sage, Alexandre Vauthier travaille le noir, couleur qui lui est chère, il le souligne toujours d’or, par touches ou par vagues ; or brillant ou mât, traité sur des colliers XXL ou des détails, des finitions pour apporter une pointe de lumière au cœur de la nuit de ses futures clientes. Nuit éclairée incontestablement par le talent de celui qui a réussit l’exploit de se faire un nom dans cet univers ultra concurrentielle, à échelle planétaire, en moins de dix ans, en débutant par l’exercice le plus éminent, le plus remarquable, mais aussi le plus onéreux de l’univers de la mode – la Haute Couture !

© Alexandre Vauthier - Haute Couture PE14
© Alexandre Vauthier - Haute Couture PE14

Etonnante remarque que je viens de me faire après ce rapide passage en revue des quelques défilés qui nous ont marqués cette saison, et dont les collections sont toutes signées d’un V…. Versace, Valli, Valentino, Vauthier… étonnant clin d’œil du destin qui nous indique sans doute la Voie d’une certaine Vérité ou plus certainement d’une incroyable Virtuosité Vénérant les Valeurs d’une Vision du beau. Verdict : Vibrant !

A.

mardi 2 juillet 2013

Paris Men Fashion Week SS14 – Le meilleur des défilés !



Après Londres et Milan, rendez-vous à Paris, capitale incontestée de la mode pour terminer en beauté cette Fashion Week Homme Printemps Eté 2014 tournée vers la modernité et une certaine vision de l’élégance décontractée. Près d’une soixantaine de maisons de mode masculine et de jeunes créateurs ont proposées leur vision de l’homme pour l’été prochain. Plus ou moins classique, plus ou moins coloré, plus ou moins déshabillé, les Garçons aux Foulards, présents sur la plus part d’entre eux, vous livrent leurs coups de cœur Mode argumentés !

Jour 1

Alibellus +

C’est à un rêve éveillé que nous convie le créateur d’origine Hongkongaise Titi Kwan. Proche des cieux, désireux d’un envol inespéré, salvateur, l’homme Alibellus rompt ses chaines, défie le sort. Inspiré par Birdy, le film d’Alan Parker, Titi Kwan, se plait à parer des hommes « oiseaux », jouant sur les textures et le chatoiement des coloris. La silhouette est significative, les épaules sont rondes ; chemises et sweats flottent le long du corps, les pantalons et les shorts affranchissent la chair. Métaphore filée de la liberté, les mannequins défilent pieds nus, évoquant le héros d’Alan Parker, libéré de l’entrave. 

© Les Garçons aux Foulards
© Les Garçons aux Foulards

Les tissus deviennent voiles, aériens, non astreints à l’apesanteur, ils se déclinent dans des gammes de couleur pastel, roses, amande, jaune pâle, et invitent au bien-être d’une certaine légèreté. Les chaînes enfin, brisées par l’envol, sont présentes sur les silhouettes telles le souvenir d’un lointain passé et se font bijoux agrémentant des boutonnières de veste ou des cols. Véritable lien entre sa Chine natal et le Paris de sa vie d’adulte, la collection, réminiscence du savoir-faire de son père – tailleur - interagit entre costumes traditionnels Chinois et couture Occidentale. Le biais se confronte au droit fil en courbes contre courbes, comme le souvenir d'une Madeleine Vionnet qui rencontrerait, improbable, un fantôme chinois, en rêve sans doute.

© Les Garçons aux Foulards
© Les Garçons aux Foulards
Et en supplément, le final du défilé Alibellus + ! 



Valentino

Jeu de matières et de couleurs à l’hôtel de Rothschild ou Maria Grazia Chiuri et Pier Paolo Piccioli, les talentueux créateurs de la plus romaine des maisons de couture parisienne, réinventent l’homme contemporain. Costumes impeccablement coupés dans des nuances de draps de laine froides bleu, mais aussi travail de patchworks, de mix de matières et références au monde militaire. “Cette collection est inspirée par l’uniforme. Pas par un uniforme en particulier, mais par l’uniforme en général. L’uniforme de travail, mais aussi l’uniforme scolaire. Pour nous, l’uniforme est un moyen de mettre tout le monde à égalité”, explique Maria Grazia Chiuri. 

© Valentino SS14
© Valentino SS14
Une égalité des plus élégantes que l’on ne peut qu’approuver et défendre dans le pays des Lumières. Lumières décidemment des plus éclairées chez Valentino ou le chic sait aussi se faire casual. Chinos rajeunis, portés avec des sneakers ou des nus pieds en caoutchouc et crocodile et mixés avec des sweats en jersey ultra luxueux parés de détails en cuir. Cuir qui a une place importante dans cette collection. Travaillé en détail par le jeu de poches de couleur contrastées ; Valentino réinvente aussi le blouson aviateur, à l’aide de jeux de contrastes et d’oppositions de matières. Asymétrie enfin et gamme de couleurs sobre et moderne alliant marine, gris, kaki et beige, l’homme pour l’été prochain a trouvé l’uniforme idéal à adopter !

© Valentino SS14
© Valentino SS14


John Lawrence Sullivan

Esprit streetwear et graphique chez John Lawrence Sullivan. Griffe fondée par le japonais Arashi Yanagawa, créateur de mode talentueux et original qui se cache derrière la marque et dont le parcours hors du commun l’aura conduit de sa ville natale d’Hiroshima, au monde du sport grâce à une carrière de boxeur professionnel pendant 4 ans, jusqu’à enfin devenir créateur de mode autodidacte sous la signature John Lawrence Sullivan. Nom qui fait d’ailleurs référence au célèbre champion de boxe britannique du XIXème siècle et qui aura marqué le parcours d’Arashi Yanagawa. Abstraction et géométrie, c’est par ces deux noms que l’on pourrait sans doute le mieux décrire la prochaine collection John Lawrence Sullivan. 

© Les Garçons aux Foulards
© Les Garçons aux Foulards
© Les Garçons aux Foulards

Coupes « Sharp », retour à l’essence du vêtement dans ses formes les plus radicales, le vestiaire se compose de shorts amples (éléments indispensables de la prochaine saison), de chemises, de sweats oversize, de mailles à col montant graphiques soulignant le visage, d’outerwear à l’esprit sport et de parka boxy, le tout porté avec des pochettes minimales et graphiques.

© Les Garçons aux Foulards
© Les Garçons aux Foulards


Gamme de couleur forte osant le rouge vif, le vert intense et le bleu cobalt
, les silhouettes, parfois monochrome, la plus part du temps marquées des jeux de contrastes et  d’aplats de couleurs, font référence à l’Abstraction des années 50. Gris souligné de mélèze, bleu contrasté de rouge, carreaux verts et noir ; on pense indéniablement aux toiles de Rothko ou de Nicolas de Staël. Acmé stylistique du défilé, un imprimé géométrique, synthèse de la collection associe les couleurs primaires dans une explosion abstraite et quasiment pixélisée, on adore.

© Les Garçons aux Foulards
© Les Garçons aux Foulards
© Les Garçons aux Foulards

Et en supplément, le final du défilé John Lawrence Sullivan au Palais de Tokyo!




Jour 2

3.1 Phillip Lim

Voyage au pays du soleil levant chez le créateur sino-américain Phillip Lim. Touches, détails, proportions, choix des couleurs, rien n’est surjoué, les références se font dans les détails. Détail d’une chemise dans sa construction et dans les volumes de la manche rappelant le kimono traditionnel masculin, détail d’un accident de couleur rouge sur un total look blanc, détail d’un imprimé floral rappelant indéniablement l’art de l’ikebana mais revisité en version numérique. 

© 3.1 Phillip Lim SS14
© 3.1 Phillip Lim SS14
Contraste du graphique et du thème floral, déjà vu dans les défilés londoniens et milanais, l’imprimé, véritable explosion de rouge et de blanc sur une base sombre, se porte par touches ou en all over sur des mailles oversize à col jersey, clin d’œil à l’univers du sportswear et du street wear cher au créateur Philip Lim. Short large porté avec des spartiates et des pièces à manches ou bien pantalons amples longueur feu de plancher, les silhouettes sont plus confortables mais ne perdent pas leur structure. Coup de cœur pour l’une des chemises à l’esprit japonisant que l’on souhaite adopter dès à présent !

© 3.1 Phillip Lim SS14
© 3.1 Phillip Lim SS14

Rendez-vous dans quelques petits jours sur Les garçons aux Foulards pour la suite des collections homme! ;-)

A.

mercredi 6 février 2013

Haute Couture - Printemps/Été 13



Magie de la Mode oblige, c’est en plein cœur de l’hiver, recouverte de neige et baignant dans des températures quasi Scandinaves, que Paris a donné rendez-vous au monde entier pour l’un de ses spectacles les plus féeriques de l’année – la semaine de la Haute-Couture. Semaine, que dis-je, quatre petits jours à peine durant lesquels maisons emblématiques d’un certain style français, mais aussi jeunes créateurs (de plus en plus) ont montrés au monde ce qu’ils savaient faire de mieux. Dizaines d’heures de travail, centaines d’heures de broderies, milliers, voire dizaines de milliers d’euros à débourser par tenue, cercle de clientèle le plus fermé au monde, la semaine de la Haute Couture est celle de tous les superlatifs et c’est sans doute cela que nous aimons. Que nous aimons et que nous défendons. Tradition française, parisienne depuis l’ancêtre de tout couturier, Charles Frederick Worth, la Couture, terme tristement banalisé depuis, prend alors tout son sens. Dépouillée d’un certain poids, la Haute Couture pour le Printemps Eté 2013 conserve toute sa richesse, mais la dévoile de façon plus subtile, plus légère, plus aérienne. Femmes fleurs, délicates vestales ou encore silhouettes graphiques, minimales, presque irréelles, tour d’horizon de ce que Paris nous a offert de plus beau !

Légèreté, tel pourrait être le maître mot de ces collections. Laissant de coté le bling un peu désuet de certaines griffes italiennes défilant (on ne sait pas trop pourquoi d’ailleurs) à Paris, ou bien les voyages oniriques bercés de folklores lointains pour lesquels certains créateurs ont facilement succombés, et regardons plutôt cette effervescence de délicatesse et de fraîcheur qui a inondée les salons poudrés de la couture parisienne. Mousseline la plus délicate, gazar de soie le plus léger, broderies les plus fines et les plus délicates, c’est au jeu du luxe le plus discret qu’on joué la plus part des créateurs parisiens. Loin de toute ostentation mal placée, le luxe s’apprécie dans ses détails et sa modernité.   

Pureté quasi virginale chez Christophe Josse, la blancheur d’une blouse de communiante délicatement brodée en ton sur ton se porte sur une jupe en plissé permanent coordonnée pour une mariée discrètement élégante. Et quand le noir fait son apparition pour le soir, les mètres de tulle du jupon sont soulignés d’une fine ceinture et d’un col Claudine graphique, l’épaule délicatement recouverte d’un voile de soie transparente, les broderies parsemées telle une discrète galaxie nocturne, et se portent forcément à plat pour une soirée d’été dont on devine déjà la douceur de l’air.

© Christophe Josse - Haute Couture PE/13
© Christophe Josse - Haute Couture PE/13


Légèreté féérique également chez le prince de la Couture – Elie Saab. Les riches broderies, les plus belles dentelles au monde sont toujours présentes, mais plus discrètes. Portées telles des secondes peaux, elles habillent délicatement les corps dans un jeu subtil de voilé-dévoilé, supprimant le volume pour ne plus se concentrer que sur la ligne.


© Elie Saab - Haute Couture PE/13
© Elie Saab - Haute Couture PE/13

© Elie Saab - Haute Couture PE/13

Chez Valentino, le talentueux duo de créateurs Maria Grazia Chiuri et Pier Paolo Piccioli a une nouvelle fois réussit le pari de réinventer l’héritage de la plus Parisienne des Maison de Couture Italiennes.  Ensembles de jour veste et jupe longueur genoux en soie crème aux courbes en volutes légères, robes de cérémonie manches longues en gazar de soie transparent brodé plumetis, ou encore robes longues néo empire ne conservant de leur illustres ancêtres qu’un bustier schématisé et un jeu de longueur et de transparence toute moderne.

© Valentino - Haute Couture PE/13
© Valentino - Haute Couture PE/13

© Valentino - Haute Couture PE/13


Certains créateurs ont travaillé l’idée de légèreté jusqu’à l’emmener à son extrême épure et ne plus se concentrer que sur la ligne. Coup de crayon gris sur vélin blanc, celui-ci prend vie et s’anime pour n’habiller les plus élégantes femmes du monde que d’une silhouette affinée à son paroxysme.

Chez Christian Dior, le nouveau Directeur Artistique Maison, Raf Simons, propose une vision ultra minimale des jardins si chers à Mr Dior. Décor ultra zen alliant le vert du buis taillé au minéral pur, les silhouettes défilant, telles les femmes fleurs d’un siècle nouveau, en ont prie tous les codes. Pour son époustouflant final, Raf Simons propose des modèles grand soir aux lignes simplement sublimes. Véritables fleurs renversées, les robes, généreusement ouvertes sur le bas formant de volumineuses néo crinolines, se terminent en des bustiers filiformes allongeant délicatement les silhouettes à l’infini.

© Christian Dior - Haute Couture PE/13
© Christian Dior - Haute Couture PE/13


Plus radical sans doute, influencée de façon certaine par l’univers des Technologies de pointe, la jeune mais néanmoins talentueuse créatrice Hollandaise Iris Van Herpen, imagine pour sa collection intitulée « Voltage » des silhouettes pour le moins électriques. Épure des lignes que l’on pourrait penser inspirées des croquis de Mr Dior, ces versions d’un New Look 3.0 n’en conservent que la ligne, pure et géométrique. Cuir, métal ou encore pvc, ces modèles proches d’une certaine forme d’Art-A-Porter, véritables sculptures de métal, luxueux origamis, subliment la simplicité des lignes par leurs chimériques complexités.

© Iris Van Herpen - Haute Couture PE/13
© Iris Van Herpen - Haute Couture PE/13

© Iris Van Herpen - Haute Couture PE/13

Minimalisme de salon poussé à son paroxysme, Maria Grazia Chiuri et Pier Paolo Piccioli nous ont fait avec le merveilleux défilé Valentino le plus bel exemple d’une vision  contemporaine de la Couture. Loin des clichés extravaguant d’une autre époque, la ligne l’emporte sur l’ornementation outrageuse.  Inspirés sans doute par les préceptes de l’architecte Mies van der Rohe ayant donné l’une des plus pertinentes définitions du Design « Less is more », les robes de jour ou de soir se simplifient jusqu’à l’essence de leur fonction – habiller et sublimer le corps de la femme. Lignes pures, courbes féminines, légèreté des matériaux, quelque fois soulignées d’une délicate broderie, les silhouettes se radicalisent pour se centrer sur l’essence même de leur fonction. Coup de cœur absolu pour les superbes robes capes en version jour ou soir – rêve immatériel, les silhouettes semblent tout droit sorties d’un imaginaire visionnaire.

© Valentino - Haute Couture PE/13
© Valentino - Haute Couture PE/13
© Valentino - Haute Couture PE/13
© Valentino - Haute Couture PE/13

A l’antithèse de la vision d’une certaine épure, celle d’une exubérante explosion florale a également été très présente sur les podiums parisiens. Broderies, sequins, couleurs, tons-sur-tons, arabesques, volumes 3D et format XL, la thématique florale chère aux collections printanières a été de tous les défilés et même des plus minimalistes.

Ainsi Raf Simons a proposé sa vision des célèbres fleurs de Monsieur Dior. Modernes, presque futuristes, portées au format XL sur l’intérieur de vestes symboles du Tailoring masculin, elles en tapissent les doublures telles une vision radicale et absolue du luxe pour soi. Portées en all over, vision postimpressioniste des roses du jardin de Granville, ou en apparitions inattendues délicatement écloses d’une fente de robe ou d’une doublure, elles inondent les traînes et s’invitent sur les bustiers.

© Christian Dior - Haute Couture PE/13
© Christian Dior - Haute Couture PE/13

© Christian Dior - Haute Couture PE/13


Pour la Maison Chanel, Karl Lagerfeld a imaginé un décor de forêt tropical pour accueillir ses bouquets de femmes aux airs faussement angéliques. Maquillages gotiques noircissant les regards, la légèreté des tweeds n’y fait rien, les silhouettes de robes fourreaux rebrodées en trompe l’œil all over de sequins aux motifs floraux donnent une impression presque suffocantes de femmes à la beauté dangereusement vénéneuse.

© Chanel - Haute Couture PE/13
© Chanel - Haute Couture PE/13


© Chanel - Haute Couture PE/13
© Chanel - Haute Couture PE/13

Chez Giambattista Valli, la fleur est tout. Omniprésente d’un bout à l’autre du défilé, elle se porte dans sa version brodé, XL et tridimensionnelle. En collier, en couronnes ou en minutieuses et délicates broderies recouvrant chaque millimètres des robes de cérémonies quelques fois elles-mêmes composées de mètres de guipure au motif floral, elles prennent une dose de légèreté en jouant sur le contraste de la transparence à l’aide de délicats voiles de gaze terminant les silhouettes, et les allongeant de quelques centimètres certaines tenues parfois vertigineusement courtes, mais aussi à l’aide de lignes volontairement simples et modernes ne dénaturant pas le message véhiculé.

© Giambattista Valli - Haute Couture PE/13
© Giambattista Valli - Haute Couture PE/13

© Giambattista Valli - Haute Couture PE/13
© Giambattista Valli - Haute Couture PE/13

© Giambattista Valli - Haute Couture PE/13


Explosion de fleurs tridimensionnelles chez Elie Saab, les broderies, parmi les plus incroyables, sculptent les robes et leur donnent une force qui contraste avec les formes volontairement simples afin d’alléger les silhouettes.

© Elie Saab - Haute Couture PE/13
© Elie Saab - Haute Couture PE/13

© Elie Saab - Haute Couture PE/13

Enfin, arabesques graphiques s’enroulant à l’infini chez Valentino, guipures format XL, ou encore pétales de mousselines aux rainures brodées de fils d’or, visions épurées de la thématique florale, elles opposent leurs lignes exubérantes avec des coupes volontaires simples et pures pour les robes qu’elles habillent. Un sans faute absolu pour le duo Maria Grazia Chiuri et Pier Paolo Piccioli, ayant signé sans conteste le plus beau défilé de cette saison. Alliance subtile et délicate de féminité extrême, de virtuosité dans l’utilisation du savoir-faire exceptionnel des meilleurs ateliers d’artisanat d’art, et de modernité infini dans les coupes, toutes les éloges sont méritées pour cet opus brillant d’élégante perfection.

© Valentino - Haute Couture PE/13
© Valentino - Haute Couture PE/13
© Valentino - Haute Couture PE/13
© Valentino - Haute Couture PE/13
© Valentino - Haute Couture PE/13
© Valentino - Haute Couture PE/13


Bulle merveilleuse hors du temps et hors de toute notion de « raison », la Haute Couture Parisienne met toujours l’art et l’artisanat au cœur de son processus créatif. Loin des excès baroques de certaines époques, la Haute Couture a su évoluer avec son temps, proposant des modèles en adéquation avec notre époque et nos modes de vie contemporains. D’ailleurs, élément qu’il est important de noter, l’attitude des défilés Haute-Couture a lui même évolué. Jadis dans le paraître, les robes, cette saison, même Grand Soir ont toutes des poches, détail qui pourrait être insignifiant, sauf si les mannequins ne défilaient pas les mains dedans, modèles d’une moderne et subtile nonchalance. Réservée certes à une élite, la Haute Couture est sans doute ce que le monde de la Mode, entouré du savoir-faire inimitable et précieux de centaines de « petites mains », sait faire de plus beau. Acmé du raffinement de notre société, la Haute Couture est un art fragile et délicat qu’il est crucial de préserver et de mettre en valeur. D’ailleurs, cette saison, la maison Givenchy n’a pas présenté de collection Haute Couture sans en donner de raison précise. Espérons que cela ne soit qu’une simple parenthèse et que Ricardo Tisci, entouré des équipes du studio de création perpétue dès la saison prochaine cette tradition chère à la célèbre maison de l’avenue Georges V.

A.