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samedi 4 avril 2015

Mode Paris – Place à la jeune création


Alors que l’hystérie de la Fashion Week s’est terminée depuis presque un petit mois, que journalistes et acheteurs ont terminés leur grand tour des capitales de la mode, et que tout le monde a pu prendre se reposer un peu, faisons un petit flashback consacré à la jeune création, mettant en lumière une avant garde stylistique faisant fi des tendances convenues par les cahiers du même nom et défendant un point de vue plus personnel et surtout plus sensible que les grands nom d’une industrie bien rodée dépensant presque sans compter durant la grande messe de la mode.

Christine Phung

Christine Phung aime prendre de la hauteur pour ses défilés et c’est du 9ème étage du très moderne institut du monde arabe que la styliste franco cambodgienne a présenté sa collection Automne Hiver 2015. Comme toujours, délicats jeux de plissés, parfois ceinturés, noir absolu, broderies ton sur ton rendant exceptionnelle une jupe noire élégante de simplicité ; mais surtout ce traitement de la couleur si particulier au travail de Christine Phung. Soie bleu glacier, explosion pixélisée de rose, de violet et de vert tropical Christine Phung reste fidèle à une palette de couleurs chaude qui lui est propre et que l’on retrouve saison après saison.

© Les Garçons aux Foulards - C.Phung FW15
© Les Garçons aux Foulards - C.Phung FW15

Très beau travail de Tailoring, mixant les codes masculins et féminins sur des crêpes de soie, des mousselines mais aussi des flanelles profondes et des organza lumineux, le tout souligné de détails en cuir blanc ou noir.

© Les Garçons aux Foulards - C.Phung FW15

© Les Garçons aux Foulards - C.Phung FW15



Le détail ultra désirable - les boucles d’oreilles sans doute à l’esprit tribal graphique que l’on rêve déjà de porter, même si nous sommes des garçons ! 

© Les Garçons aux Foulards - C.Phung FW15


Léa Peckre 

Toujours à l’institut du monde arabe mais deux étages plus bas, Léa Peckre accueille son public dans l’une des salles les plus légère et épurée du musée pour nous présenter sa prochaine collection hiver. Noir profond, vert mélèze ou camaïeu de violet, les looks se jouent en aplats de couleur, le tout réveillé parfois de vert acide.

© Les Garçons aux Foulards - Léa Peckre FW15
© Les Garçons aux Foulards - Léa Peckre FW15

Association edgy de pièces de Tailoring fortes d’inspiration masculine et de soie transparente découpée bord franc, la silhouette Léa Peckre pour l’hiver prochain se veut radicale, à l’image du style de cette jeune diplômée de la Cambre qui ne cesse de faire parler d’elle.

© Les Garçons aux Foulards - Léa Peckre FW15



Dévastée

C’est toujours un plaisir d’assister à l’un des défilés de la jeune griffe parisienne Dévastée et de découvrir, émerveillé, les futures silhouettes oniriques et délicatement sombre du duo de créateur parisien. Connus depuis plusieurs années pour leur style volontairement amusant et décalés autour de graphismes d’inspiration faussement macabre, Ophélie Klere et François Alary signent une nouvelle collection très graphique jouant sur les oppositions de noir, de blanc et de gris.

© Les Garçons aux Foulards - Dévastée FW15
© Les Garçons aux Foulards - Dévastée FW15

© Les Garçons aux Foulards - Dévastée FW15


Motifs fantômes pas effrayant pour un sou, imprimés ou brodés, travaillés sur des lignes classiques, préférant la mise en avant du motif et du savoir faire à l’excentricité de la coupe. Et c’est d’ailleurs aussi du côté du détail que l’on apprécie le plus le travail de Dévastée. Derrière les images faussement enfantines, le développement des matériaux (contrairement à beaucoup de maisons) est toujours exclusif. Les robes se font en matelassés fantômes, les mailles sont intarsia, quant à certains tops en soie, on se rapproche même d’une vision de la couture avec des motifs rebrodés en ton sur ton sur de l’organza. Un travail d’une grande délicatesse à l’image des deux créateurs de la marque mixant savoir faire et second degré – un exemple à suivre pour beaucoup de jeunes maisons.


© Les Garçons aux Foulards - Dévastée FW15

© Les Garçons aux Foulards - Dévastée FW15

© Les Garçons aux Foulards - Dévastée FW15



Jacquemus

Voyage en terre surréaliste pour le créateur phare de ces dernières saisons, avec une cabine féminine maquillée de double visage sur les joues, regardant ainsi de façon assez dérangeante le public du show de cette future collection hiver. Visages perturbant ou interrogatifs, nous demandant par la même si la vérité peut parfois être autre, ou différentes de celle que l’on imagine, et nous invitant à regarder les choses avec un point de vue plus distancié. Distancié comme la collection présentée ; véritable réflexion sur le vêtement, sa construction, mais surtout sa décontraction.

© Les Garçons aux Foulards - Jacquemus FW15
© Les Garçons aux Foulards - Jacquemus FW15



Inspirée sans doute par les créations originales de Martin Margiela, dont le remarquable travail de détournement du vêtement revient depuis quelques mois sur les devants de la scène grâce au retour ultra médiatisé du créateur britannique John Galliano, ou bien par une volonté brutaliste de s’éloigner de l’univers très marin auquel Simon Porte Jacquemus nous avait habitué jusqu’à présent, la collection intitulée «L'Enfant du Soleil» a été présentée dans un grand appartement parisien en chantier.


© Les Garçons aux Foulards - Jacquemus FW15
© Les Garçons aux Foulards - Jacquemus FW15


Seins et pieds nus, la première silhouette est un mannequin déambulant dans un large pantalon blanc et droit - le ton de cette saison est donné. Associations de pièces classiques du vestiaire masculin aux découpes géométriques dont la structure est retravaillée de larges œillets et d’empiècements, le tout dans une palette chromatique allant du blanc au noir, souligné parfois de jaune, de vert, d’orange. Un exercice stylistique un peu plus éloigné de ce que les amateurs du self made designer avait l’habitude d’apprécier, faisant penser à une volonté de grandir, de s’éloigner un peu de ses débuts et d’avancer sur de nouveaux terrains mode. Les prochaines collections Jacquemus nous le diront très vite.

Y Project

Devenu directeur artistique de Y/Project depuis un an, le belge Glenn Martens, enfant des 90’s, propose pour l’hiver prochain une silhouette mixant codes grunges et néo bourgeois. Sous les lambris dorés de la mairie du 3ème arrondissement, réveillés de notes électro, Glenn Martens associe les matières nobles et techniques, les velours de soies et les molletons, les vinyles et les draps de laines, le cuir et les mailles luxueuses, créant une allure nonchalante composée de vêtements ample, de manteaux over size aux épaules tombantes et de pantalons larges.

© Les Garçons aux Foulards - Y/Project FW15
© Les Garçons aux Foulards - Y/Project FW15
© Les Garçons aux Foulards - Y/Project FW15

Opposant coupes architecturales et matières souples, netteté graphique et streetwear urbain, aspect technique et pointe de nostalgie, Glenn Martens continue d'explorer pour Y/Project les limites entre jeunesse et une certaine forme de maturité, le tout mixé d’une pointe de hip-hop futuriste et d'élégance classique – un excellent condensé de ce que les 90’s nous ont légué de meilleur.


© Les Garçons aux Foulards - Y/Project FW15
© Les Garçons aux Foulards - Y/Project FW15


Aganovich

Très belle surprise cette saison au défilé Aganovitch, dessiné à 4 mains par Nana Aganovich et Brooke Taylor. Une collection réfléchie, pensée, dessinée avec complexité, jouant sur les jeux de volume, les superpositions, les drapés ; associant pièces classiques du vestiaires masculin et féminin le tout passé par une théâtralité tout en affectation.

© Les Garçons aux Foulards - Aganovich FW15
© Les Garçons aux Foulards - Aganovich FW15

Contraste de noir et de blanc, illuminé de jeux graphiques associant carreaux, rayures tennis et esprit plus organique retravaillant les sublimes soies de la maison Vénitienne Rubelli, un point commun lie l’ensemble des silhouettes, une taille extrêmement fine, presque  étranglée qui met en valeur une exagération des volumes. 



© Les Garçons aux Foulards - Aganovich FW15

© Les Garçons aux Foulards - Aganovich FW15

Brocards découpés bords franc, tissus masculin revisités, popelines impeccables travaillées sur des cols spectaculaires nous plongeant dans un héritage stylistique volontairement austère modernisé à grands coups de jeux de découpes et de volumes.


© Les Garçons aux Foulards - Aganovich FW15

© Les Garçons aux Foulards - Aganovich FW15


A.

lundi 6 octobre 2014

Paris Fashion Week SS15 – Géométrie (In)Variable



Après New York, Londres et Milan, la Fashion Week revient à Paris et nous donne un véritable cours de mathématique sur les podiums. Carreaux, cercles, trapèzes, ou encore rayures linéaires, c’est à qui prouvera le mieux à coups de ciseaux et de mètres de tissus son amour des théorèmes géométriques. Loin de déplaire à Pythagore ou à Thalès, designers et créateurs de mode nous font réviser de façon rigoureuse et méthodique nos leçons algorithmiques. Silence. Préparez vos plumes et vos cahiers !

Rayures

A la base de tout, est la ligne. Ligne droite, pure, rassurante, elle commence tout dessin, toute réflexion aussi. Et loin de se contenter d’une seule, les créateurs ont décidés de jouer avec, de les multiplier, de les détourner, de les transformer. Rayures XS, ultra fines, presque fondues dans le tissu - comme les blouses en mousseline de soie effet marinière chez Anthony Vaccarello - ou au contraire XL, volontairement exagérées – comme chez Cédric Charlier, en cuir tressé pour la dernière collection du styliste Christophe Lemaire pour la maison Hermès, en mousseline de soie graphique et chic chez Givenchy ou encore chez Sacai qui associe l’esprit marinière aux dentelles et guipures romantiques  - les deux styles cohabitent et se complètent.

 © Anthony Vaccarello SS15
© Sacai SS15
© Cédric Charlier SS15 
© Hermès SS15

Sobres en blanc et noir chez certains, elles deviennent carrément ultra colorées et pop dans les collections d’autres créateurs - Jacquemus, Dries Van Noten, Balmain, Alina German, Maxime Simoens.

Dries Van Noten SS15                      Aina German SS15                          Jacquemus SS15


Travaillée à l’horizontal le plus souvent, on retrouve également le principe de rayures, travaillé dans une idée de verticalité très prononcée – Balmain, Carven, Paco Rabanne, avec une touche masculine de tayloring chez Kenzo.

© Carven SS15
© Paco Rabanne SS15
© Kenzo SS15
© Balmain SS15

Enfin, pour les puristes de la ligne, le tissu lui même se fait ligne, dans son tombé, dans sa construction, se transformant en de délicats jeux de plissés, travaillés à la verticales, en total look ou en superpositions aux accents couture, allongeant indéniablement les silhouettes, transformant les corps en vestales moderne, dévoués au Dieu Sportswear – Vionnet, Yang Li, Gosia Baczynska

     Yang Li SS15                            Vionnet SS15                                Gosia Baczynska SS15


Carreaux

Une fois que la ligne est dessinée, de façon horizontale ou verticale, il est temps de la doubler de son opposer et de dessiner des carreaux, jouant sur les jeux de lignes et de couleurs. Petits, grands, simples ou complexes, les carreaux (pas toujours carrés), parfois proches du losange, sont la seconde étape de notre leçon de géométrie stylistique.

© Gareth Pugh SS15
© Gareth Pugh SS15
© Tsumori Chisato SS15

Arlequins ultra moderne chez Gareth Pugh nous faisant penser aux œuvres de Picasso ou de Schiaparelli, ou version Bucheron ultra couture en superposition sur des mousselines de soie chez Yang Li ou Paco Rabanne, le carreau s’associe le plus souvent à des tons neutres, blanc ou noir, et quelques fois à des nuances intenses comme chez Tsumori Chisato.

Paco Rabanne SS15                           Yang Li SS15                                         Yang Li SS15


Carreau minimal enfin, celui qui est simplement découpé dans le tissu, à vif, presque bord franc, et qui impose par sa simplicité de ligne – Yang Li - ou maximal, composant toute la tenue, travaillé comme chez Balmain sur des cuirs esprit Mondrian ou des soie brodées en all over, structurant une silhouettes en larges bandes de soie ivoire chez Céline, ou encore en détail de cote de maille métallique rectangulaire associé au tweed chez Chanel – effet visuel spectaculaire garantie.


Chanel SS15                                 Céline SS15                                         Balmain SS15

Trapèzes

Encore un peu plus loin dans la conceptualisation, le carré initial s’affine vers le haut et s’élargit vers le bas pour jouer sur les volumes. Terme géométrique pour parler de la célèbre A-line chère aux créateurs de mode se définissant par une carrure d’épaule étroite, un volume de poitrine souvent petit, jouant sur le coté menu et gracile du haut du buste, contrastant avec un volume presque exagéré sur le bas des vêtements.

© Stella McCartney SS15
© Guy Laroche SS15
Des robes virginales en coton blanc de Christophe Lemaire, en soie noire de Stella McCartney ou en organza couleur cendre de Rick Owens, aux robes du soir magistrales de Gareth Pugh, en passant par les manteaux en cuir de Carven, ou en laine aux accents sport de Guy Laroche toutes les pièces du vestiaire de l’été prochain se prêtent au jeu du trapèze.

Christophe Lemaire SS15                           Rick Owens SS15                             Carven SS15


A-line ne signifie pas forcement dépouillement, car si la ligne est pure, les tissus utilisés et les détails de coupe peuvent être quant à eux d’une opulence discrète. C’est du moins ce que nous prouve Alessandro Dell'Acqua pour la collection Rochas, avec des jeux de transparences sur des dentelles, des mousselines et des organza très couture ou encore Nicolas Ghesquière pour sa très belle nouvelle collection pour Louis Vuitton.

Louis Vuitton SS15                                 Rochas SS15                                        Rochas SS15


Le penseur Blaise Pascal disait en son temps, « Il y a deux sortes d’esprit : l’esprit de géométrie et l’esprit de finesse », les créateurs de mode parisiens nous on semble-t-il prouvé qu’esprit mathématique et finesse d’esprit pouvaient parfois faire bon ménage. Ami(e)s de la mode, à vos algorithmes ! ;-)

A.