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dimanche 26 octobre 2014

Jean-Paul Gaultier – Ou quand la Mode se Démode



Gabrielle Chanel disait en son temps "La mode se démode, mais le style jamais". Sa maison a su perdurer au fil des décennies et des créateurs talentueux mettant en avant son héritage stylistique ; d’autres maisons malheureusement n’ont pas toujours pu en dire autant. C’est le cas récemment de la maison éponyme Jean-Paul Gautier, qui a tirée sa révérence (ou presque) au monde de la Mode, il y a quelques petites semaines lors d’un défilé « événement » durant la Fashion Week Parisienne après une trentaine d’année à exercer le beau (et cruel) métier de créateur de mode. Beau, sans conteste, car le styliste crée une esthétique, une élégance, une folie grisante que de riches clientes rêvent de porter, cruel, indéniablement aussi, car au fil des saisons, des années, voir des décennies pour les plus chanceux, la mode qui les a fait connaître et aimer parfois même du grand public, s’en est allée, et les clientes, infidèles porte-monnaies toujours en quête de sensations stylistiques nouvelles sont parties vers de nouvelles tendances.



Car au final, la vérité est la suivante derrière le joli discours ; les clientes Jean-Paul Gaultier ont (mal) vieillies, au même rythme que le créateur et celui-ci n’a pas su capter une nouvelle typologie de clientèle en quête d’une mode plus contemporaine, plus dans l’air du temps, gonflée d’accessoires désirables ou de it bag vendus aux 4 coins du globe. Au fil des années les différentes lignes commerciales de Jean-Paul Gaultier ont disparues les unes après les autres – de Gaultier Jeans, à Gaultier2 en passant par la ligne Soleil ou Monsieur, toutes ont périclitées au fil des années (au rythme de leurs licenciés disparus aussi – le géant italien Ittierre notamment) et n’ont su être rentables. Car c’est bien de cela qu’il s’agit – Rentabilité. Gros mot pour certains, Graal absolu pour d’autres, le concept de rentabilité est celui qui régît toute logique entrepreneuriale dans l’univers de la mode, surtout quand la marque n’est plus indépendante mais appartient à un fond d’investissement (comme celui qui a fait couler Christian Lacroix par exemple) ou à un groupe financier (LVMH, Kering, Staff International…). C’est dans ce dernier cas de figure que se trouvait Jean-Paul Gaultier, ayant vendu une partie de ses actions au groupe catalan Puig qui est devenu ainsi actionnaire majoritaire de la marque française en 2011, laissant cependant le créateur à la tête de la direction artistique de celle-ci.

En moins de trois ans, le groupe espagnol a fait ce que l’on pourrait appeler un très grand ménage de printemps dans les comptes de la société, se débarrassant de tout ce qu’elle ne jugeait pas rentable, fermant petit à petit les différents points de vente de la marque, ses boutiques en propres, les corners en grands magasin, mais aussi les différentes lignes de la marque, jusqu’à ce qu’il n’en reste plus qu’une - Jean-Paul Gaultier Femme, qui vient elle aussi de faire ses adieux. Le discours officiel est que Jean-Paul Gaultier est fatigué par le rythme incessant des collections et préfère se concentrer sur son travail pour la Haute Couture. Un bien joli discours parfaitement rodé effectivement. La réalité est pourtant tout autre. Car même si monsieur Gaultier est « fatigué » (et il est tout à fait possible de le comprendre), l’arrêt de la ligne de prêt-à-porter n’est pas la seule décision du créateur (ne soyons pas totalement naïf), mais bien une décision prise par un comité de direction et des actionnaires décidant de mettre fin à l’une des dépenses les plus importantes d’une marque – la création d’une collection de mode 2 à 4 fois par an. Car entre le personnel, les frais de prototypage et de production, la note peut très vite s’élever avec des centaines de milliers, voir des millions d’euros.

Mais pourquoi garder la Haute Couture alors me demanderez-vous ? Par succès commercial ? Peut être pas, car même si Jean-Paul Gaultier est l’un des rares créateurs à avoir encore aujourd’hui une vraie clientèle fidèle Haute Couture, composée essentiellement de riches jeunes (et moins jeunes) femmes du Golfe, la Haute Couture, et cela n’est un secret pour personne, n’est rentable dans aucune maison parisienne. Par humanisme total et complet envers un homme qui a d’une certaine façon révolutionné l’histoire de la mode ? Mmmmm ne soyez pas trop naïfs, nous l’avons déjà dit ! Mais pour la poule aux œufs d’or du secteur du « luxe » voyons ! Les parfums !!! Car lorsque Puig a racheté la société Jean-Paul Gaultier, celle-ci englobait également les parfums qui sont la vraie manne financière de toute marque ! Car à coup de 100 euros les 100ml d’alcool coloré, vendus par wagons entier dans toutes les parfumeries de la terre, inutile de dire que les parfums sont parmi les produits dérivés les plus rentables de ce secteur (avec les solaires hein…. parce que les montures en plastique à 5 « balles » produites à la chaine en Chine et revendues plusieurs centaines d’euros après une jolie campagne publicitaire, c’est quand même merveilleux comme concept) et que c’est grâce à cette source de revenue que de nombreuses marques survives de nos jours. Et qu’a à voir la Haute Couture dans l’histoire me demanderez-vous ? Elle est tout simplement l’image et la raison d’exister des parfums d’un créateur, surtout lorsque ceux-ci se hissent depuis des années dans le top des ventes de parfums masculin dans l’hexagone par exemple

© Jean-Paul Gaultier - Le Mâle
© Jean-Paul Gaultier - Classique

Pour résumer, le créateur crée et organise un somptueux défilé Haute Couture, des créations exceptionnelles pouvant couter plusieurs dizaines de milliers d’euros sont mises en avant par la presse et les magasines, celles-ci sont vues et désirées par des millions de personnes à travers le monde, qui ne peuvent malheureusement se les offrir, et qui par un joli truchement, se jettent sur tous les produits dérivés fabriqués sous licence et qui peuvent laisser espérer aux clients finaux, que grâce au pschitt magique d’un parfum X ou Y, ils pourront ainsi pénétrer dans l’univers du créateur. La réalité n’est malheureusement pas tout à fait celle-ci, comme l’avait rappelé de façon parfaitement cynique Karl Lagerfeld il y a quelques années en disant approximativement que « ce n’est pas parce qu’une femme porte un  rouge à lèvres Chanel, qu’elle porte du Chanel »… tout est dit à l’exception près que l’univers de la cosmétique fait gagner des millions aux marques de mode et que la raison d’être de ces gains est l’image mode/couture de celles-ci – d’ou le besoin de conserver un petit pied sur les podiums…

Reprenons cependant le cheminement initial de notre pensée, et revenons à notre sujet – la lente descente du style Gaultier, marquée il est vrai par une désertification de la clientèle de ses boutiques et une baisse de vente des collections de celui-ci qu’il serait impossible de nier. La marque, à l’image du cycle de toute vie, nait, grandit, murit, et malheureusement meurt aussi. Et Gaultier en est le parfait exemple. Née dans le tourbillon merveilleux des années 80 ou tout semblait possible et ou les clientes étaient prêtes à tout, la marque Jean Paul Gaultier, a donnée une force incroyable aux femmes, à l’image d’un Yves Saint Laurent contemporain ou d’une Gabrielle Chanel punk, leur a redonné à nouveau les codes masculins et un pouvoir sexuel fort face à ceux-ci. Du jean, au pantalon, en passant par le trench, la marinière et le fameux corset conique qui aura fait de Gaultier une célébrité mondialement connue, le créateur français aura marqué indéniablement l’esprit de son temps.

© Jean-Paul Gaultier - Madonna 90's
© Jean-Paul Gaultier - Madonna 90's

Malheureusement, ces dernières saisons, presque ces dernières années, les collections se faisaient de plus en plus décevantes au fil des défilés. Mêmes codes stylistiques revisités sans cesse, voir resucés inexorablement, même esprit un peu 80’s, un peu 90’s plus vraiment dans l’air du temps, même « Star Strat’ » éculées défilé après défilé ou une célébrité (plus ou moins dépassée) « surprise » fait son apparition lors du final, chantant, dansant, tombant, s’esclaffant… Et quand enfin, Jean-Paul Gaultier, se veut dans une certaine actualité, il prend pour égérie des personnalités médiatiques douteuses venant des programmes de téléréalité de France et de Navarre… Ainsi, ont défilé pour lui, les Loana, Steevy et autre Nabilla…. Navrant… Voir gênant…. Gênant d’assister au spectacle de quelqu’un qui ruine sa carrière et son image sans se rendre compte de ce qu’il commet, gênant de devoir assister à l’association de personnalité si quelconque avec un univers et un savoir faire si précieux, gênant de voir réunis dans un douteux mélange la culture et l’inculture, gênant enfin, de voir au fil des saisons la tombée en disgrâce d’un homme qui avait pourtant su révolutionner le monde de la mode et lui apporter cette touche d‘impertinence des faubourgs parisiens et de ses néo titis. Gênant au point d’avoir espéré au fil des saisons voir ce massacre s’arrêter et ne plus assister à une nouvelle déception à chaque défilé.

© Loana & Steevy pour Jean-Paul Gaultier
© Nabilla pour Jean-Paul Gaultier

C’est maintenant chose faite, celui qu’une grande partie du monde considère comme l’un des couturiers les plus important de sa génération (et qui l’est sans nul doute), arrête son travail et se consacre à sa passion première – celle de la couture au sens noble du terme. Pour clôturer ces presque 30 ans de carrière, Jean Paul Gaultier a ainsi organisé un défilé événement au Grand Rex autour d’une sélection de thèmes pour le moins populaires voir très franchouillard – Ainsi, Miss France, le Tour de France Cycliste, (l’élégance innée..) les femmes de footballeur, l’univers du Catch et les rédactrices de Mode les plus célèbres, se sont gentiment mélangés sur une scène transformée pour l’occasion en podium d’élection Miss France. Clownesque.

© Jean-Paul Gaultier - SS15
© Jean-Paul Gaultier - SS15

Veste de costume asymétrique et combinaison à rayures banquier, chapeau à larges bords, Geneviève de Fontenay était sans conteste présente sur scène dès le début du défilé, symbolisée entre autre par l'actrice espagnole Rossy de Palma se faisant passer pour "Madame de Palmay", tout comme Miss France 2009, Chloé Mortaud, élisant dans un joyeux désordre, la mannequin Coco Rocha Miss Jean Paul Gaultier, sous le regard (bienveillant ?) des plus grandes critiques de mode (reconnaissable par leurs coiffures) - la rousse Grace Coddington, la blonde Franca Sozzani, la brune à houppette Suzy Menkes, sans oublier Carine Roitfeld, Babeth Djian ou encore Emmanuelle Alt. 

© Jean-Paul Gaultier - SS15
© Jean-Paul Gaultier - SS15
© Jean-Paul Gaultier - SS15

Inutile de passer en revue les tenues de catcheuse américaine, ou les tenues de maillot jaune du tour de France revisitées ou encore l’hommage à Yvette Horner, le tout sur la bande son du générique de l'émission de Michel Drucker - Champs-Elysées, intéressons nous directement au final de celui-ci, et au déshabillé calamiteux de Rossy de Palma en body corset à seins coniques (trop petit), ne dévoilant que trop de choses d’une intimité dont on se serait volontiers passé de connaître les détails. Gênant ! Gênant d’autant plus que la nudité en rien ne nous choque, au contraire, mais qu’il est inadmissible de jouer autant avec l’image de quelqu’un en envoyant à ce point au casse pipe stylistique une femme dans une pièce de lingerie trop étroite pour elle et dont absolument tout déborde… Les images parlent d’elles-mêmes…

© Jean-Paul Gaultier - SS15
© Jean-Paul Gaultier - SS15
© Jean-Paul Gaultier - SS15
Un grand cirque coloré donc plus proche de la fête privée que du défilé d’une maison de mode, et qui à notre sens ne mets malheureusement pas en valeur le travail effectué par des centaines de personnes au fil des dizaines d’années d’existence de la marque, ni en exergue le travail de création d’un grand homme de la mode française dont les références et l’univers auront toujours une petite place au fond de chacun d’entre nous. Dommage… C’est le seul mot que j’ai envie de dire, accompagné sans doute un Au revoir…. Et d’un merci….

A.

lundi 9 juin 2014

Rihanna Icône du Style ? Vraiment ?



Restons sur les tapis rouges et quittons la côte française pour de plus lointaines contrées. Direction New York ou se tenait il y a quelques petits jours la cérémonie de récompenses annuelle du CFDA (Council of Fashion Designers of America). Récompensant personnalités de la mode qui auront marquées l’année de leur talent, de leur audace (ou de leur carnet d’adresse hein). Inutiles de passer sur les divers prix de la soirée, tous plus ou moins attendus ou inintéressants ; concentrons nous plutôt sur le seul événement marquant de ce grand raout – la robe transparente portée par Rihanna ce soir là. Plus provocante que jamais, la belle Barbadienne (mais pas toujours élégante loin de là), a dévoilé l’ensemble de ses courbes (parfaites), ne cachant rien, à l’exception des quelques centimètre de lycra chair de son shorty.

© Rihanna au CFDA en robe Adam Selman

Apothéose stylistique pour certains,  vulgarité absolue pour d’autres, nombreux ont été les messages qui nous ont été envoyés pour que nous commentions (sans doute de façon incendiaire) la tenue de miss Riri. Il nous aura fallu quelques petits jours de réflexion tout de même pour avoir un avis définitif sur cet événement, l’étourderie d’un avis à chaud n’ayant pas toujours un intérêt décisif.
Il faut dire que, cette fois encore, l’interprète d’Umbrella, plus connu ses derniers temps pour ses photos sexy (non, carrément vulgaire) dans le magasine masculin Lui que pour ses prouesses musicales, n’y est pas allée de main morte ! (Dé)Vêtues d’une robe fourreau entièrement composée de cristaux Swarovski scintillants, signée par le créateur Adam Selman (travaillant notamment pour les costumes de scène de Lady Gaga et de Gwen Stefani). Impossible de ne pas souligner le travail incroyable qu’a nécessité cette création ; pas moins de 230 000 cristaux Swarovski brodés main. « Les couturières étaient encore dessus à 15 heures le jour-même »  a confié le créateur.

Transparente au sens littéral du terme, celle-ci laissait peu de place à l’imagination et à la suggestion, dévoilant sans trop de mal ses courbes généreuses et surtout une poitrine et un tatouage affolant que la très puritaine Amérique  ne saurait accepter. Car au final le vrai soucis n’étant pas tant la nudité de Rihanna, qui clairement ne nous choque pas (le corps humain est magnifique, et il est bien dommage de le cacher de plus en plus), mais c’est plutôt la perception  de celle-ci dans la société et les médias. La robe en elle même est superbe, fourreau rose pâle digne des plus belles heures d’un Gatsby le Magnifique de légende, un petit quelque chose à la Joséphine Baker (qui rappelons le, sortait parfois dans des tenues bien moins couvertes à La Coupole dans les années 20 et personne ne trouvait rien à redire.
© Rihanna au CFDA en robe Adam Selman

En revanche, ce n’est pas pour autant que Rihanna était élégante ; loin de là… Celle-ci ne s’achètera jamais, peu importe la notoriété et/ou les moyens financiers. Ainsi pour compléter le look, un boa en fourrure rose pâle venait se poser sur ses bras nu, cachant dans un jeu de voilé/dévoilé la fourrure de la belle par la fourrure animale… Personnellement j’ai toujours trouvé ce type de métaphore filée stylistique d’assez mauvais goût… Quant au foulard de strass noué sur la tête, il nous rappelle avec bien peu de délicatesse, que finalement miss Riri aura toujours d’avantage un côté Gangsta Girl des plages de la Barbade plus que de l’élégance désinvolte des héroïnes des années folles...
© Rihanna au CFDA en robe Adam Selman

Et d’ailleurs, ce qui nous a au fond « choqué », ce n’est pas tant la transparence de la tenue que l’inélégance et l’ingratitude de la belle.
En effet, alors que Mrs Wintour débutait son éloge à propos de Rihanna avant de lui remettre le prix d’icône du style de l’année par "L’idée est d’être audacieuse, tout en restant soi-même", la jeune chanteuse, toujours irrévérencieuse, n’a pas hésité à répondre : “Anna Wintour établit les règles, moi je les brise”, brandissant fièrement son trophée ! Bon, c’est déjà assez peu élégant de critiquer indirectement celle qui lui remet son prix, mais en plus quelle prétention et quelle manque de modestie ! « Moi je brise les règles ! »…
© Anna Wintour et Rihanna au CFDA

Bah voyons ! Les règles… mais quelles règles chère Rihanna si ce ne sont celle d’une certaine ingratitude de ne pas même remercier celui sans qui vous ne seriez rien stylistiquement parlant ! Alors oui, pour remercier « toute ma famille », il y a toujours du monde sur les tapis rouge, mais pour dire en revanche la vérité au monde, que comme toute célébrité, ses looks ne lui sont en rien due, mais plutôt, dans son cas, au styliste super star Mel Ottenberg qui travaille avec elle depuis près de 3 ans, et qui choisit chacune de ses silhouettes lors d’apparitions publiques, tout comme cette fameuse robe dont tout le monde ne cesse de parler depuis quelques jours.
© Rihanna et Mel Ottenberg
Quelle hypocrisie tout de même de ne pas remercier ce soir là celui sans qui, ce titre déjà presque vide de signification, l’est encore plus lorsque l’on sait que dans son cas précis, que outre être un joli porte manteau dont on choisit minutieusement les tenues à l’avance, c’est bien tout ce à quoi peu prétendre la jeune chanteuse. De la tenue signée Adam Selman (dont c'est le petit copain - tant qu'à faire, autant faire du business en famille...), à la dernière collaboration sur Tapis rouge avec la créatrice Stella McCartney, à la présence au défilé Dior, en passant même par la très controversée (et très vulgaire) séance de shooting pour le magasine Lui (propriété du quelque fois tout aussi vulgaire Frédéric Beigbeder) dont la carrière musicale de celle-ci aurait pu s’en passer, toutes les collaborations mode (et ceci sans exception n’en déplaise à certains qui pensent encore qu’une star marketée à l’heure du 3.0 décide encore de quelque chose….) de Rihanna sont due au talentueux Mel Ottenberg. Tout comme, il serait bon de le rappeler, Lady Gaga dans son jeune temps avec Nicola Formichetti, sans qui elle n’aurait été rien du tout non plus stylistiquement parlant !...

© Rihanna et Mel Ottenberg au défilé Dior
Ainsi, de notre côté, nous décernons sans doute aucun le CFDA de « l’Icône du Style » à Mel Ottenberg, le CFDA du « Changement de look mémérisant nécessaire » à Anna Wintour, le CFDA de « La prétention ingrate » à Rihanna et le CFDA du « Plus beau coup de comm’ » au créateur Adam Selman (dont clairement, personne ne connaissait encore l’existence !)..
A.

© Rihanna photographiée pour le magasine Lui

vendredi 16 mai 2014

DRIES VAN NOTEN - INSPIRATIONS



Voici déjà quelques semaines que nous souhaitions aller découvrir l’exposition Dries Van Noten au Musée des Arts Décoratifs. Inconditionnels du travail du créateur belge dont les défilés « esthético-ethnique » nous ont fait passionnément aimer son univers à l’élégance intemporel, il nous semblait impossible de passer à coté de cette première grande rétrospective parisienne. Bien plus qu’un simple créateur, Dries Van Noten, dont la richesse de son univers semble infinie, est sans doute l’une des personnalités du monde de la Mode contemporaine les plus intéressantes. Initié par tradition familiale à la culture textile, son grand-père était tailleur et ses parents propriétaires d’un magasin multimarque, Dries Van Noten, sort diplômé de la prestigieuse Académie Royale des Beaux-arts d’Anvers et lance sa marque éponyme en 1986. Année qui voit également la naissance à Londres du fameux groupe des « Six d’Anvers» aux cotés de Walter Van Beirendonck, Ann Demeulemeester, Dirk Van Saene, Dirk Bikkembergs ou encore Marina Yee, constituant un groupe informel de jeunes créateurs belges devenu synonyme d’avant-garde de la mode. S’appuyant sur un brassage d’images d’hier et d’aujourd’hui, de cultures venues d’ailleurs ressuscitées au travers ses collections, toujours une mémoire, un souvenir ou la trace d’un voyage intime, le vocabulaire esthétique de Dries Van Noten est identifiable presque immédiatement.

Plus qu’une simple exposition, l’évènement organisé par le Musée des Arts décoratifs est une invitation à un voyage intime et affectif de l’univers du créateur belge. En effet, présentant ses sources d’inspiration nombreuses et multiples, Dries Van Noten a choisi, bien plus que de réaliser un catalogue imagé de ses dernières années de défilés, de nous révéler plutôt son processus de création. Ce projet totalement inédit, fait d’accumulations choisies et de superpositions pensées, confronte les collections de mode féminine et masculine de Dries van Noten aux pièces d’archive des Arts Décoratifs, ainsi qu’aux photos, vidéos, extraits de films, références musicales ou œuvres d’art, d’Yves Klein à Francis Bacon en passant par Elizabeth Peyton ou encore Damien Hirst, qui ont nourri sa création. A l’image des « Chambres de merveilles » de la Renaissance qui rassemblaient des objets « mémorables », des souvenirs, Dries Van Noten a réuni des éléments qui reflètent ses sources d’inspiration, qui lui sont chers. Un assemblage savant, aux allures initiatiques, se rencontrent les références historiques et artistiques, ethniques et cinématographiques, musicales ou géographiques, réunissant la création de tous les Arts. 

L’or et le noir

Virtuose incontesté de la couleur, et des imprimés, qu’il traite comme un peintre utiliserait sa palette, Dries Van Noten n’en est pas moins également maître du noir qu’il utilise comme une matière à part entière. Noir profond, noir subtil, noir brillant, le noir se fait multiple dans les mains du créateur Anversois et fait des clin d’œil à l’élégance des films Hollywoodiens d’avant-guerre. Smoking masculin revisité, noir contrasté de blanc optique ou de broderies de fils d’argent, celui-ci prend également des accents gothiques, inspirés par les costumes victoriens du merveilleux film de Jane Campion – La Leçon de Piano. Plus estival, le noir s’associe au coton blanc immaculé et s’illumine d’or.


© Les Garçons aux Foulards - Dries Van Noten - Inspirations
© Les Garçons aux Foulards - Dries Van Noten 
© Les Garçons aux Foulards - Dries Van Noten

© Les Garçons aux Foulards - Dries Van Noten - Inspirations

Graal philosophique, quête inespérée de toutes civilisations, l’or est la matière de tous les désirs ; et l’univers de la mode n’en fait pas défaut. Travaillé en touches, en broderies ou en all over, l’or, à connotation ethnique, est l’un des codes fort de Dries Van Noten et présent sur quasiment l’ensemble de ses collections et se fait l’accessoire idéal pour illuminer la sombre couleur noir. Jamais bling, jamais vulgaire, l’or chez Dries est souvent mâte et se teinte d’accents ethniques, inspiré par les somptueux costumes traditionnels d’Asie et d’Afrique ; ou en référence à l’or utilisé durant l’explosion de l’Art Déco au début des années 20 pour son aspect lumineux et graphique.


© Les Garçons aux Foulards - Dries Van Noten - Inspirations
© Les Garçons aux Foulards - Dries Van Noten
© Les Garçons aux Foulards - Dries Van Noten 


L’Art

Autre source primordiale et quasi infinie dans le travail de création du styliste belge, le domaine de l’Art. Ses défilés peuvent tout autant témoigner d’une émotion ressentie devant une toile ou le travail d’un artiste. Les œuvres de Francis Bacon, d’Elizabeth Peyton ont donné lieu à des inspirations directes, traduites en gammes de couleurs ou en imprimés. Toute la collection femme Automne Hiver 2009 par exemple décline l’œuvre du premier, tandis que la collection homme Printemps Été de la même année est construite autour d’un seul tableau d’Elizabeth Peyton : « Democrates are more beautiful » - 2001. La référence peut être moins immédiate et davantage relever de l’intime et de l’évocation. Dries Van Noten peut ne retenir qu’une couleur, une gestuelle ou une atmosphère. Inversement d’autres collections, mirent en avant les œuvres de certains artistes de façon plus évidente, reprenant des imprimés, des graphiques, comme par exemple pour la très belle collection Vasarely.


© Les Garçons aux Foulards - Dries Van Noten - Inspirations - Vasarely
© Les Garçons aux Foulards - Dries Van Noten
© Les Garçons aux Foulards - Dries Van Noten
© Les Garçons aux Foulards - Dries Van Noten - Inspirations

L’homme

De Cocteau à Visconti en passant par le sulfureux Duc de Westminster, l’homme Dries Van Noten (et ses référents) est indéniablement un dandy. Dandy moderne vivant avec son temps, le créateur Anversois n’hésite pas pour autant à jeter un coup d’œil dans le passé à une époque ou les personnages raffinés (et ambigus) de la Recherche du Temps Perdu de marcel Proust dictaient les  élégances parisiennes.  Mais résumer le style masculin de Dries Van Noten au cliché du Baron de Montesquiou serait un peu réducteur. Mixant sur chaque silhouettes, différentes références, allant des tartans anglais et des shetlands de son enfance aux uniformes militaires (quintessence d’une certaine vision de la virilité et d’un style masculin dédié à la parade) aux riches passementeries et brandebourgs dorés, Dries Van Noten use parfois des oppositions homme – femme pour repousser les limites de la garde-robe masculines : des tissus connotés comme féminins telle que la dentelle, la fourrure, la soie par exemple habillent l’homme tandis que, inversement, les coupes masculines sont déclinées dans les collections femmes. Le tout donnant parfois des silhouettes d’une justesse incroyable telle cet incroyable camaïeu de camel, subtil mélange de draps de laines masculins, et de détails raffinés de broderie et de fourrure.


© Les Garçons aux Foulards - Dries Van Noten
© Les Garçons aux Foulards - Dries Van Noten
© Les Garçons aux Foulards - Dries Van Noten
© Les Garçons aux Foulards - Dries Van Noten 
© Les Garçons aux Foulards - Dries Van Noten - Inspirations

Le Jardin

Autre passion parmi les plus chères de Dries Van Noten, celle de la Nature, et de l’univers floral qu’il cultive lui même assidument à Anvers. Grand classique de la garde robe féminine, le vocabulaire floral, hommage poétique rendu à la femme, a lui aussi été détourné par le talentueux créateur belge. Aplats de couleurs, broderies all over, impression numériques, clins d’œil impressionniste, ou encore en incrustation sur de la fourrure, toutes les méthodes sont bonnes au créateur belge pour mettre en valeur la délicatesse et l’explosion de couleur offerte par la Nature. Plus conceptuel, il est bon de rappeler qu’en parallèle à la finesse de celle-ci, Dries Van Noten a été l’un des pionniers des références à l’univers du sport et d’une certaine street culture. Parka over size imprimée ou robe sanglée en soie technique, le tout brodé main d’un motif floral ne sont que quelqu’uns des exemples de ces looks précurseurs de l’une des plus grande tendance de ces dernières saisons. L’imprimé  floral servant de toile de fond à l’exposition a d’ailleurs été réalisé par ses équipes afin de se placer comme une œuvre in situ et de participer au voyage du visiteur.


© Les Garçons aux Foulards - Dries Van Noten
© Les Garçons aux Foulards - Dries Van Noten
© Les Garçons aux Foulards - Dries Van Noten - Inspirations
© Les Garçons aux Foulards - Christian Dior
© Les Garçons aux Foulards - Dries Van Noten 
























Les Voyages

Domaine du voyage qui est sans conteste l’une des plus belles et des plus fortes signatures stylistiques de Dries Van Noten. Savant mélange de touches ethniques, chacun des défilés du créateur belge est une invitation au voyage et à la découverte de nouvelles cultures. Dries Van Noten peut ainsi élaborer ses collections à partir de voyages fantasmés, de lieux exotiques qu’il fait surgir de son imaginaire et qui pourtant empruntent aux différentes traditions ethniques et folkloriques de l’Inde, de la Chine, de l’Afrique ou du Mexique. Les images alors inventées apportent à ses textiles un raffinement extrême, tant dans le choix des motifs imprimés que dans les tissages et le choix des matières. Ainsi les blouses kimono d’inspiration japonaise croisent les manteaux brodés indiens ou encore les immenses jupons mexicains et les wax indonésiens dans un dialogue éclectique et coloré.


© Les Garçons aux Foulards - Dries Van Noten
© Les Garçons aux Foulards - Dries Van Noten





© Les Garçons aux Foulards - Dries Van Noten 




© Les Garçons aux Foulards - Dries Van Noten

La puissance et la force du rouge chez Mark Rothko, la lumière bleue si particulière de la grotte de Capri ou la fragilité qu’évoque le papillon peuvent être le point de départ d’une collection. Car les sources d’inspiration de Dries Van Noten dépassent la hiérarchie des arts et la culture vernaculaire est pour lui tout aussi riche d’influences. Ses créations se nourrissent de ces contrastes et la dualité est aussi une autre constante de son vocabulaire. 
En décelant des influences, des analogies et des contradictions, la mode, les arts décoratifs et les beaux-arts ont été réunis dans cette exposition pour construire le vocabulaire intime et la démarche distinctive du créateur anversois. Evoquant des thématiques intimes telles que la Jeunesse, l’Archétype, L’Ambiguïté, la Passion, ou encore pour créer une promenade à travers les thèmes qui composent sa signature, des pièces anonymes du XIXe siècle ou de couturiers emblématiques comme Elsa Schiaparelli, Christian Dior ou de créateurs des années 1980 ont été sélectionnées, ayant pour résultat un voyage intime et captivant au cœur de l’univers de l’un des créateurs les plus riches et les plus généreux de notre époque. Contraste de l’Occident et de l’Orient, du Moderne et de l’Ancien, du Masculin et du Féminin, du Brute et du Délicat, c’est aussi sans doué cela que nous apprend Dries Van Noten, à développer notre capacité d’ouverture d’esprit, à nous imprégner de toute forme de culture, à comprendre que tout se mélange, que tout s’enrichit, que tout peut dialoguer, et que le résultat de tout cela en est sans doute encore plus intéressant. Plus qu’une leçon de style, Dries Van Noten nous offre sans doute une leçon de vie ! A découvrir sans plus tarder !

A.


DRIES VAN NOTEN - INSPIRATIONS
Jusqu’au 31 août 2014


Musée des Arts Décoratifs

107, rue de Rivoli – 75001 Paris
Du mardi au dimanche de 11 h à 18 h
(Nocturne le jeudi jusqu’à 21h)