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lundi 25 février 2013

Milan Fashion Week - La Palme du pire est décernée à ... Versace!



Avant, et je parle là d’un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître, à savoir le début des années 2000, il y a eu cette déferlante des plus surprenantes - le Porno Chic. Collier « SEX » porté haut sur le cou chez Dolce Gabbana, poils pubiens impeccablement taillés en G et placardés en 4x3 chez Gucci, références SM et talons vertigineux acérés, tout était bon au concours des hormones devenues reines. Chantre inoubliable de cette tendance testostéronnée ou la femme n’est plus qu’un objet de concupiscence passif (au mieux elle brillait dans son rôle de maîtresse SM), Tom Ford, toujours trop bronzé, et deux ou trois boutons de chemise toujours déboutonnés, n’a pas réussi à franchir le cap de cette nouvelle décennie et ses dernières présentations new-yorkaises et londoniennes pour sa marque éponyme ont laissées la presse plus que perplexe.

Pendant féminin de l’esprit Porno Chic (adjectif à définir cependant dans son cas), Donatella Versace, sœur de feu Gianni, a reprit, avec plus ou moins de succès au fil des ans, le flambeau des collections de la griffe à la Gorgone. Mais alors que Gianni avait définit dans les années 80 et au début des années 90 une vision joyeuse, colorée et terriblement baroque de la Mode, sa sœur au fil des ans a sexualisé à outrance ses collections, pour ne plus devenir qu’une griffe de seconde zone que les riches élégantes de ce monde n’osant plus porter par crainte de vulgaire absolu. Couleurs criardes, longueurs toujours mini, ou fendues à l’excès ; les collections passent et se ressemblent de saison en saison. Jusqu’à ce jour du 22 février 2013, ou lors de la Fashion Week Milanaise, Donatella Versace a sans doute présentait la pire des collections Versace.

© Versace FW13/14

Dès le lendemain, l’Express Style titrait « Une ambiance Sex Shop chez Versace » - Gênant.

Et encore, après avoir vu et revu les 55 silhouettes je crois que « Sex Shop » serait une comparaison presque édulcorée face à la réalité crue de ce défilé épique. Cuir effet vinyle (j’ose espérer que ce n’était pas du latex), tops asymétriques et jupes façon kilt (Gerri Halliwell époque Spice Girl – bonjour), écossais jaune lointainement inspiré d’une quelquonque référence punk, clous, clous, clous (studs en anglais, c’est plus chic…) chaînes pendant sur les cotés, mini détails de vison blanc version collégienne faussement sage (référence à l’univers de la BD trash japonaise), associations de fourrures de couleurs improbables dignes d’une Cruella des temps modernes, combinaisons de cuir rouge ou violet (juste impossible) et pire que tout – la faute de goût absolue – la bottine blanche !

© Versace FW13/14
© Versace FW13/14
© Versace FW13/14
© Versace FW13/14
© Versace FW13/14
© Versace FW13/14
© Versace FW13/14
© Versace FW13/14
© Versace FW13/14
© Versace FW13/14

Et pas peu fière d’avoir osée ressortir du placard de la honte ces vilaines chaussures qui ont tout de même quelques blogs de Bad Street Style dans le monde qui leur sont consacrées, Donatella en affuble un bon tiers de ces modèles. Mais attention, pas n’importe quel modèle de Botte Blanche ! La vraie, l’unique, la préférée des puristes –  bout ultra pointu, talon aiguille, hauteur mi-mollet (pour bien tasser la silhouette et faire la jambe gigot) – un rêve ! Mais en tant que créatrice mondialement reconnue, il fallait bien leur apporter un petit twist créatif comme on dit dans le métier… à savoir un excès de clous recouvrant l’ensemble de la bottine afin de lui apporter un petit quelque chose de plus (au cas ou cela manquait). Déclinée également en noir (histoire de ne pas être sectaire), elle porte fièrement des pics de plus de 5 cm de long pour les plus fantasques d’entre elles… A n’en pas douter, un prochain Must Have dans les prochains clip de rn’b américain ! Lady Gaga et Nicki Minaj vont être ravies

© Versace FW13/14
© Versace FW13/14

© Versace FW13/14

Pensée émue également pour notre ami Tigrou, qui non content d’avoir inspiré Donatella, pour être remercié, (pardon au plus jeune public) a finit en manteau ! Et même en jupe avec les chutes de fourrure qu’il restait… Autre personnage fétiche ayant de toute évidence inspirée la prochaine collection Fall/Winter 2013, Tweety, charmant petit personnage à plume jaune, que notre Donatella à nous, l’inimitable Cathy Guetta avait déjà immortalisée en une marque aux accents…. « glamour »…. Clin d’œil amusé sans doute aux frêles petits oiseaux de nuit des quatre coins du monde qu’habille Donatella et qui essaieront une fois de plus d’échapper au « vilain gros minet »… pas sur que Tweety gagne cette fois-ci…

© Versace FW13/14
© Versace FW13/14

© Versace FW13/14

Pour ce qui est du Sex Shop donc, l’éternelle Demoiselle Versace, doit de toute évidence en manier tout les codes, car rien ne manque et propose un véritable Inventaire à la Prévert du Pervers - cuir, latex, ceintures, bondage, fentes plus ou moins hautes, décolletés plus ou moins indécents, clous, collier chien…

© Versace FW13/14
© Versace FW13/14
© Versace FW13/14
© Versace FW13/14


Et quand enfin le grand soir arrive, Maîtresses Dominatrix White et Dominatrix Black sont là pour assurer les festivités !... Monsieur est servi !...

© Versace FW13/14
Soyons donc rassurés, une fois l’hiver prochain venu, nul besoin pour nos amis VIP du monde entier de se risquer dans les Sex Shop de Pigalle, d’Amsterdam ou tout autre bouge du monde, il leur suffira de franchir les lourdes portes frappées à tête de Gorgone  des boutiques Versace pour avoir la parfaite tenue de Soubrette recherchée – un vrai luxe !...     

© Versace FW13/14
Une collection qui ne cessera de nous amuser et qui en tout cas est des plus intéressantes pour n’importe quel psychanalyste un tant soit peu curieux ! En effet, alors que la plus part des créatrices femme (Cf : Stella McCartney, Vanessa Bruno ou encore Clare Waight Keller chez Chloé…) propose des vêtements féminins, légers, amples et confortables permettant à leurs égales de se mouvoir et de vivre sans se sentir étriquées dans des modèles trop petits pour elles, ou bien être des objets sexualisés tout droit livrées aux fantasmes masculins, Mlle Donatella se fait un plaisir de sexualiser au maximum ses collections, et de faire de la femme Versace, un simple objet de désir pour la gente masculine. Enchaînée, quelques fois sanglée, vêtue de cuir, colliers de chien à pic, la femme, après 60 ans de lutte de droit égalitaire perd en l’espace de quelques minutes grâce à l’une de ses semblables presque toute notion d’indépendance et/ou de force. Non, vraiment, étonnante idée que celle d’une femme qui prive volontairement les autres femmes et les livres aux fantasmes masculins en tant qu’objet sexuel servi sur plateau d’argent (plaqué). (Cf : notre article sur la collaboration désastreuse entre la griffe Italienne et le géant du Mass Marketing H&M) Psychologie à suivre !... Et enfin, comme le disait si justement Coco Chanel, rappelons à quelques uns de nos "amis" designer qui l'auraient de toute évidence trop rapidement oublié que "Le Luxe n'est pas le contraire de la pauvreté, mais celui de la vulgarité!".... A méditer.

A. 

mardi 8 mai 2012

ANNA DELLO RUSSO la nouvelle Fast Fashion Diffusion H&M


Après le drame stylistique Donatella Versace de novembre dernier, après l’invasion de vilains slips David Beckham judicieusement sortis pour la St Valentin (qui remplissent toujours les étalages à la Saint Désiré) et après l’a peu près réussit collection Marni (merci Consuelo Castiglioni et Sofia Coppola pour la magnifique vidéo), le bling italien sera de retour cet automne chez H&M, en la personne d’Anna Dello Russo.

© Anna Dello Russo

Pour les néophytes qui ne sauraient pas qui est « la grande » Anna Dello Russo, (en même temps, est-ce vraiment un délit?), la journaliste italienne, ayant collaboré durant 18 ans avec le Vogue Italien, est devenue depuis quelques années la papesse du Vogue Japon. Courant les Fashion Week vêtue des looks les plus forts et les plus pointus, mitraillées par les paparazzi, photographes de mode et autres bloggeurs à chacune de ses apparitions, Anna Dello Russo a, contrairement à ses petites camarades de la sphère journalistique, réussit à imposer un style personnel, radical, extravagant, excessif, déluré, débridé, enchanteur, en un mot : Mode ! Manteau en plume d’Autruche, robe brodée de cocktail rebrodée de cristaux Swarovski en fin de matinée, créations improbables du chapelier Philip Treacy, ou encore fourrure Rose Shocking, rien ne lui fait peur, et pour le coup, on adore !

© Anna Dello Russo
© Anna Dello Russo


La ou le bas blesse, c’est que l’on sait malheureusement par avance que cette future collaboration stylistique avec le géant suédois sera décevante. Annoncée en grande pompe par H&M il y a quelques jours, la future collection d’Accessoires (signature emblématique des looks Anna Dello Russo) réalisée par la Fashion Director du Vogue Japon, sera Gold et Turquoise ou ne sera pas. Sandales tressées, Minaudières esprit Baroque, Bracelets Serpent, Lunettes Strassées ou encore Colliers Pompeux ornés de cabochons en plastique gold, les premiers visuels diffusés par la griffe suédois nous donnent moins l’impression du fastueux baroque Italien que du Made in Bengladesh un peu toc.

© Collection Anna Dello Russo pour H&M

Car, en effet, si de nos jours (et c’est bien la théorie que défend également Mlle Dello Russo au quotidien), l’accessoire fait la tenue et en est l’élément le plus important ; inutile de vous dire que celui-ci doit être irréprochable et parfait (ou en tout cas s’en rapprocher au maximum). Ici, loin des riches parures tant affectionnées par Anna, la minaudière en métal sonne désespérément creux, l’émail Turquoise se désemaille et fait toc, les incrustations de pierreries deviennent plastique, les solaires perdent de leur glamour, quant aux bracelets Python ils feraient pâlir de honte un dresseur de cobra Mumbaite !

© Anna Dello Russo pour H&M

Loin de moi toute idée de snobisme, mais je reste fidèle aux valeurs que nous défendons au travers de ce blog : luxe, qualité et originalité ! Malheureusement, ici, aucune de ses trois qualités n’est présente.  En revanche, bon joueur, je ne peux que tirer mon chapeau face à la formidable machine de guerre du Marketing Masstige dont la clientèle H&M est semble-t-il si férue ! Bravo l’artiste !



Et pour les plus intrépides d’entre vous, qui oseront affronter, par curiosité ou autre, la faune toujours furieuse des premières heures, rendez-vous le 4 octobre 2012 au matin, devant l’un des 140 magasins H&M dans le monde qui diffuseront (en absolument non exclusivité) la ligne Accessoires Anna Dello Russo pour H&M !....

A.

vendredi 10 février 2012

Haute Couture Version Off – le pire !

Après avoir passé au peigne fin, cette semaine les défilés parisiens Haute Couture et vous avoir présenté nos coups de cœur, il est grand temps de s’attaquer à une tâche sans doute moins amusante (quoi que) et surtout moins  « modesquement » correcte, à savoir, celle de parler du pire ! En effet, et c’est bien triste à dire, tout n’était pas beau ! Loin de là. Et non ma petite dame, au risque de vous décevoir et contrairement aux médias mode bien pensant, tout n’est pas toujours réussit. Et autant, il est important de parler du beau, autant il est également important pour une question de liberté intellectuelle et d’éthique, de parler du pire ! Et c’est justement là ou les Garçons aux Foulards interviennent et vous disent que les autres (pensent) n’osent pas.

Tour d’horizon des créateurs qui auraient pu s’en passer…

Comme nous vous le disions, malheureusement, tous les défilés ne nous ont pas laissé la même agréable sensation de beauté et de travail bien fait. Excès inutiles, banalité, ou encore déjà vu ont également été présent lors de cette édition Haute Couture.

A commencer par la ligne Couture du styliste italien Giorgio Armani, Armani Privé. Une fois de plus, les sempiternelles vestes à manche pagode, signature du couturier depuis bientôt deux décennies, ont défilées sur d’improbables tailleurs (de jour ?) vert anis ou bleu métallisé, ou une série de robes longues de sirènes bien trop irisées. Style immuable, attendu, presque ennuyeux, que l’on voit défiler depuis des années, de Paris à Milan, de Giorgio à Emporio en passant par le Privé. Difficile d’imaginer la cliente Armani Privé, la même sans doute, conquise, il y a longtemps, par les coupes over size furieusement mode qui avaient révolutionnées les années 80, et qui depuis, n’ont eu de cesse de rester fidèles à la griffe aux dix labels, et tout comme elle, lentement, quittent les devants de la scène…


Armani Privé SS12
Armani Privé SS12

Armani Privé SS12

Ennui également (ou consternation selon) chez le couturier français Jean-Paul Gautier, qui nous avait habitué à beaucoup mieux. Inspiré de la défunte chanteuse Amy Winehouse, les modèles outrageusement choucroutées défilent dans d’improbables tailleurs de jour ou de robes polos sport revisités à grands coups de sequins. Version jupe, version pantalon, version déstructurées, les mono-silouhettes reprennent les mêmes codes qui ont fait la notoriété du créateur. Corset mal ajusté laissant s’échapper les seins de la pauvre mannequin impuissante, ou encore mariées voilées de noir, cette dernière collection, si l’on passe outre le travail de broderie magnifique confié aux atelier Lesage, est d’avantage digne d’un défilé Prêt-à-Porter que d’un défilé Haute Couture. Loin le temps de l’innovation et de l’extravagance de ses débuts, la femme Couture Jean-Paul Gaultier navigue quelque part entre les bars de Camden et le rouge et le noir d’une Jeanne Maas années 80. Voyage périlleux qui laissera sans doute perplexe ses fidèles habituées à d’avantage de recherche et surtout à d’avantage d’élégance.

Jean-Paul Gautier Haute Couture SS12
Jean-Paul Gautier Haute Couture SS12
Jean-Paul Gautier Haute Couture SS12


Autre griffe italienne, et autre coup dans l’eau, la très peroxydée Donatella Versace, après huit années d’absence, revient à Paris avec l’Atelier Versace, forte du succès commercial et médiatique de sa peu élégante collaboration avec le géant suédois H&M, proposant une quinzaine de modèles, au style typiquement Donatella… Sirènes métalliques prisonnières de leurs vêtements, combinaisons à paillettes jaune criard, anis ou orange, taille XXS, inspiration rétro futuriste toute droit sortie d’un Comics des années 60, et volumes robotiques et disgracieux cassant la silhouette des longueurs sirènes. Retour vers le futur ou retour dans le passé, créatrice femme se faisant un malin plaisir à malmener le corps de la femme, le style Donatella, parfaitement valable pour un clip de pop commerciale made in US, ne nous fait décidément pas rêver.

Atelier Versace SS12
Atelier Versace SS12
Atelier Versace SS12
Atelier Versace SS12

Enfin, invité depuis plusieurs saisons durant la semaine de la Couture, la proposition du styliste Alexis Mabille, nous a laissé décidemment bien perplexe. Déjà le défilé précédant avait échappé de peu à ce type d’article peu élogieux. Mais celui-ci dépasse tout. Bouquet de silhouettes terriblement communes (et  de maquillages) mono couleur, rouge, jaune, rose ou encore céladon ; les robes cocktails, mono longueur genoux, ou autre tailleurs de jour, se portent accompagnés d’une inélégante coiffe fleur remettant au goût du jour la très pertinente signature Inter Flora : « Plaisir d’offrir, joie de recevoir »… Nous le préférions décidemment lorsqu’il en restait à sa spécialité, celle des nœuds papillons…

Alexis Mabille SS12
Alexis Mabille SS12

Alexis Mabille SS12

La perfection n’étant malheureusement pas de ce monde, l’erreur étant, semble-t-il, humaine, nos amis les créateurs ne sont pas parfaits (ni personne d’ailleurs, c’est bien triste), et avec un peu d’objectivité, tout un chacun acceptera le fait que toute collection ne puisse friser la justesse. Ainsi, espérons que ces quelques erreurs de parcours soient remarquées et surtout rapidement corrigées lors d’un prochain opus Couture, et que ces quelques jours de défilés, restent toujours la parenthèse la plus enchanteresse de l’année !

A.

mercredi 30 novembre 2011

Versace pour H&M – On n’aime pas !

Attention, sujet épineux cette semaine pour Les Garçons aux Foulards ! En effet, après que l’ensemble (ou presque) de la presse Mode et de le Blogosphère se soit pâmée durant des semaines sur la nouvelle collaboration du géant Suédois de l’habillement avec la célèbre griffe italienne à tête de Gorgone, après les millions dépensés en budget publicitaire et après que les modèles « tant attendus » soient enfin arrivés en magasin sous l’assaut fébrile d’une foule hystérique ; il était grand temps de faire une analyse de ce phénomène et surtout des produits et de la campagne médiatique qui a entouré cet « événement » à la portée quasi planétaire.

« Evénement » est sans doute un terme un peu exagéré pour parler de la dernière collaboration Masstige de H&M. Personne n’a oublié l’engouement, la folie, l’excitation qui avait entouré la toute première expérience de ce type il y a quelques années lorsque le tout puissant Karl Lagerfeld dessina pour la griffe suédoise une collection, avec comme égérie, le mannequin Erin Wasson. Comme tout le monde, j’eu bien sur la curiosité d’aller découvrir le 1er jour cette grande première avec l’espoir d’y voir des merveilles. Et quelle ne fut pas ma (désagréable) surprise lorsque je vis le résultat ! Portants défaits, merchandising saccagé, modèles médiocres, coupes approximatives et surtout le pire, des tissus synthétiques de mauvaise qualité ! Autant vous dire que je suis reparti bredouille, déçu mais également surpris. Surpris par le succès (malgré les remarques précédemment évoquées) de cette collection !

Etais-je donc le seul à me rendre compte de cette immense mascarade de mode ? Ou bien était-ce les autres qui avaient totalement mis de coté toute notion de qualité et de produit bien fait pour succomber au mirage de la déesse Griffe ? Quoi qu’il en soit, la formule a si bien prit que saison après saison, une nouvelle collaboration avec un créateur est mise à l’honneur : Stella McCartney, Matthew Williamson, Sonia Rykiel, Lanvin et j’en passe ; presque tous disent oui à l’appel H&M. Reproduction à l’identique du même schéma gagnant : grands noms de la mode associés aux petits prix H&M (de moins en moins petits avouons le, les tarifs de ces pièces varient de 50 à 300 euros), séries limitées (même si on peut les trouver à présent encore en période de soldes) qualité médiocre, matières synthétiques et campagnes publicitaires incroyables (un grand bravo aux photographes, graphistes et stylistes).
Ainsi pour cette saison AW/11, la créatrice Donatella Versace a donné « Le meilleur de Versace pour H&M » - je ne fais que citer le slogan officiel !


© Les Garçons aux Foulards
© Les Garçons aux Foulards

Donc, « Le meilleur de Versace » se résume en quelques mots : couleurs flashy, imprimés pop, robes en métal, travail de clouté, tops frangés, robes en cuirs, blousons en velours. Dit de cette façon, cela pourrait paraitre intéressant. Seul hic, la production made in Turkey, Romania, China (étiquettes vérifiées en magasin) ne trompe personne, le style proposé aux clients est approximatif voir carrément douteux pour certains modèle (autant les imprimés fleuris orange-violet, léopard vert et cocotier passent sous le soleil de Miami Beach, autant celui-ci est plus compliqué sous le ciel gris de Paris) et la qualité est une fois de plus absente de cet exercice stylistique.


Exercice est bien le mot, car le travail accompli par Donatella et ses équipes est à l’opposé de celui réalisé pour une collection classique, avec un objectif de vulgarisation de la marque et du produit Versace auprès du plus grand nombre. Partie sur les bases qui ont fait la renommée de la marque dans les années 80 et 90, la collection réalisée pour H&M se veut un condensé du style et du savoir faire Versace, avec l’objectif évident de faire ressortir la belle endormi de ses 20 années passées assoupie.

Et pour cela, Donatella Versace et Margareta van den Bosch, la conseillère pour la création de H&M, ont choisi de réaliser un film publicitaire audacieux et décalé qui a rapidement fait le buzz sur la toile. Mettant en scène les mannequins Daphne Groeneveld et Lindsey Wixson dans le rôle de poupées mécaniques ; celles-ci sont vêtues des pièces phares de la collection, et évoluent sous l'oeil avisé d’une Donatella manipulatrice, dans un univers onirique à mi chemin entre une Alice au pays des Merveilles dépravée et une version édulcorée de Psychose.

Car au final c’est bien cette vidéo de campagne qui a été l’élément déclencheur de cet article. Chaque plan séquence ayant une connotation négative! Dans le 1er, Donatella fabrique des poupées blondes, sans personnalité, toutes identiques; dans le second la femme Versace n'est qu'un pantin qui se meut au bon vouloir de la toute puissante Donatella; à partir du 3ème entre en jeu la notion de Sadisme avec un volonté clairement afichée de faire souffrir la femme (la roue du amstère qui roule à l'envers de façon très rapide, le labyrinthe, les escaliers...) et enfin, dans les derniers plans, la réalité de la Femme Versace : emprisonnée dans sa cage dorée telle une bête de cirque, surveillée et maintenue par une autre femme (parallèle avec Donatella?).

Emprisonnée, dupliquée, écervelée, la femme Versace est une poupée blonde, éternellement jeune, éternellement bronzée, subissant le diktat tout puissante de la créatrice italienne, incapable de sortir du carcan dorée dans lequel elle est rangée, et dans lequel elle n’a d’autre choix que de se conformer et d’évoluer.

Le sens même du message véhiculé par Donatella Versace : « My house, my rules, my pleasures » n’est-il pas double et confus ? L’homme Versace enfin, toy boy à ses heures, ne fait que figuration dans un monde de femme dans lequel il peine à trouver sa place et ne semble être présent que pour satisfaire les « pleasures » de la maitresse de maison.


 
Les possibilités d’études de la représentation de la femme objet sont ici infinies, et il est d’ailleurs très surprenant de constater qu’une publicité véhiculant un tel message, ai pu passer au travers des mailles du filet des associations féministes en tout genre, et surtout remporter une telle adhésion de la part d’un public autant masculin que féminin.



Une dernière question subsiste dans mon esprit et pour laquelle je n’ai trouvé qu’une réponse partielle : à savoir, quel intérêt les marques trouvent-elles à associer leur images à H&M ? L’enjeu financier est certain, je n’ose imaginer la quantité de zéros du contrat alliant les deux partenaires, ni l’impact en matière de communication pour les marques. Mais j’ai un sérieux doute quant à ce second point. Car oui, la très colorées mas très oubliée maison Versace n’a jamais autant fait coulée d’encre que ces dernières semaines grâce au partenariat avec H&M, mais le public visé est-il vraiment la cible de la marque ? Car soyons honnête un instant, les riches clientes Russes, Orientales et Américaines de Versace ne franchiront jamais les portes d’un magasin H&M, quant aux clients H&M s’étant offert un petit bout de rêve italien, jamais ils n’accéderont au sein des seins, au cœur de la boutique Versace, avenue Montaigne à Paris. De plus, une telle collaboration n’est-elle pas perçue de façon négative par la clientèle historique d’une marque ?
Je ne suis pas totalement sur de la réponse. Certaines marques doivent trouver leur compte dans cette sur-médiatisation, d’autres non. Il est intéressant cependant de noter que les maisons appartenant aux grands groupes de l’industrie du Luxe que sont LVMH, PPR et Richemont n’ont pas succombées à l’appel venant du Nord (à méditer). Le géant suédois quant à lui ne peut que se féliciter de l’impact positif en termes d’image qui lui est ainsi apporté. Ne s’arrêtant d’ailleurs pas en si bon chemin, H&M a annoncée hier sa future nouvelle collaboration, avec cette fois-ci la maison italienne Marni.
Affaire à suivre…. en mars !
A.