Il nous aura fallu un petit moment de réflexion avant de nous attaquer à ce morceau de choix qu’est le subit retour en grâce de l’ex call-girl Zahia Dehar et surtout son étonnante reconversion en tant que créatrice de mode… Mode pas vraiment, car la nouvelle spécialité de Miss Z n’est non pas, celle d’habiller les femmes, mais plutôt de les déshabiller.
Connaissant au fil des mois, nos prises de positions, nos goûts, nos coups de cœur, mais également nos coups de gueule, vous deviez vous douter que nous n’avions qu’une seule envie, celle de tirer à boulet rouge sur la jeune nymphette ! Mais à force de lectures diverses à son propos et de réflexions sur ce sujet, notre point de vue a sans doute évolué. En effet, est ce réellement cette jeune femme qu’il faille attaquer ou bien le système médiatique dans lequel nous naviguons dans son ensemble?
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Zahia Dehar clôture son défilé |
Mais avant de nous intéresser à cela, faisons un rapide retour en arrière.
Zahia Dehar, jeune femme à peine âgée de 18 ans aux courbes aguicheuses, fait la Une de toute la presse à scandale en 2010 pour ses rapports sexuels tarifés avec le joueur de football Franck Ribery, mettant par la même en exergue l’existence de réseaux de call girl agissant dans divers établissements des Champs-Elysées.
De ces débuts médiatiques peu glorieux, entre culpabilité et victimisation, Zahia profite, et ne perdant décidément pas le nord, comprend l’impact de la notoriété, fait déposer et protéger son nom dans divers domaines d’activité tels les huiles de massage, les cosmétiques, les sacs de voyages, les bijoux, les préservatifs, ou encore la production de films et d’émissions de télévision (les lignes de l’univers Zahia sont ainsi dessinées).
Peu de temps après cela, le duo de photographe Pierre et Gilles, férus de culture populaire et dont les références sont parfois d’un goût douteux, érigent Zahia en Eve des temps Moderne, reprenant la pause de sa célèbre ancêtre, période Botticelli, et lui cachant le sexe d’une pomme que certains de ses plus fervents admirateurs n ‘hésiteraient sans doute pas à… croquer.
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Zahia entourée des photographes Pierre et Gilles |
Pire, l’édition espagnole du magazine de Mode V, fait d’elle sa couverture et surtout son image pour un numéro spécial Brigitte Bardot. Etonnant parallèle de deux femmes aux parcours (discutables dans chacun des deux cas) diamétralement opposés, dont le seul point commun visuel serait une couleur de cheveux, plus ou moins naturelle pour l’une, outrageusement peroxydée pour l’autre. Plus proche d’une parodie pour public averti de l’héroïne de Roger Vadim que d’une version 21ème siècle de Et Dieu créa la Femme.
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Zahia sur la couverture de V Magazine |
A moins que…
Et si Dieu au 21ème siècle était le puissant Média avec un M très majuscule ?
En effet, avant il y avait le talent, maintenant il y a la Médiatisation et la reine Image. Génération Loft oblige, la moindre émission de télé réalité, la moindre couverture people, fait de vous une Star, adulée, traquée, épiée. Etoiles filantes médiatiques, Star d’un jour aux lendemains souvent sombres, les exemples que nous pouvons citer sont décidemment bien nombreux. Et Zahia n’échappera peut être pas à cette règle. Qui se souvient encore du brillant avenir de la jeune nymphette des années 2000, Loana ? Même blondeur peroxydée, même image sulfureuse, même vide culturel, la jeune femme, tout juste sortie du Loft saison 1, défile pour Jean-Paul Gaultier et lance une ligne de vêtement au bon goût tout relatif. Tiens, étonnant parallèle n’est-ce pas…?
La seule différence, qui pourrait séparer le destin de nos jeunes exemples blonds serait sans doute les appuis financiers… En effet, c’est bien là que l’histoire devient intrigante et que les réponses manquent… En effet, Zahia Dehar seule, n’aurait jamais eu les moyens de lancer un projet de création d’entreprise et une campagne médiatique aussi importante, sans l’appui de riches investisseurs chinois, à savoir la société First Mark Investments. (La somme investie par cette dernière reste d’ailleurs confidentielle.)
Impossible donc d’échapper à la marée médiatique que fut le « défilé évènement » de « Lingerie fine » du 25 janvier 2012 au Palais de Chaillot présenté par Mlle Zahia. Certains ont détesté, d’autres ont adoré (n’exagérons rien..), la grande majorité est restée perplexe, et c’est d’ailleurs également notre cas.
Perplexe face à un Karl Lagerfeld, prêt à tout pour tenter de rester dans la course du « in » populaire, lui apportant son crédit dans un univers très fermé et terriblement compliqué, shootant la toute nouvelle collection de la blonde créatrice, traçant au passage un parallèle entre le parcours de Zahia et de Gabrielle Chanel (pour le coup, il n’a pas totalement tort, surtout lorsque l’on connaît les débuts douteux de Mlle Coco), la mettant dans la lignée des Chloé de Mero, Emilienne d’Alençon et autre grandes cocottes du 19ème siècle (Mr Lagerfeld aurait-il oublié que ce qui différencie une courtisane d’une call girl n’est pas la capacité d’écarter les cuisses mais l’esprit, mettant ainsi à ses pieds artistes, grands hommes et intellectuels ? ) et affirmant que « rien chez elle n’est vulgaire » (permettez moi d’émettre un sérieux doute à ce propos)…
Perplexe également face aux talents de créatrice d’une jeune femme qui se serait découvert subitement la vocation de styliste et aurait eu l’excellente idée de s’entourer pour ce faire de professionnels du secteur, tels le corsetier François Tamarin, le fleuriste plumassier Bruno Legeron, les brodeurs Jean-Pierre Ollier, Eric-Charles Donatien, Aurélie Lanoiselée, l’accessoiriste Cécile Boccara ou encore le sculpteur plasticien Michel Carel, dont les noms même n’avaient jamais du encore glisser dans les oreilles de la belle…
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Défilé Lingerie Zahia Couture |
Perplexe enfin, face à la collection elle-même. Car même si le communiqué de presse explique qu’il s’agit d’une "ligne de tenues d'intérieur légères, raffinées", même si le travail de broderies, de découpe, les détails réalisés par les multiples artisans ayant collaborés à cette collection sont magnifiques, les modèles, affublés de noms grotesques aux évocations coquino-mièvre tels « Gourmandise impudique » ou « La danse de la nymphette émue », plus proche de la parodie que de la lingerie fine, sont franchement décevant. Pâle copie d’un show à la Victoria Secret, les filles défilent vêtues d’ailes d’anges ou de papillon brodées, de soutien-gorge fruitées, et dans une acmé de mauvais goût, ont le corps bandés de gros ruban en satin rose esprit « baby bondage » - vulgaire !
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Défilé Lingerie Zahia Couture |
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Défilé Lingerie Zahia Couture |
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Défilé Lingerie Zahia Couture |
Paquet cadeau vivant offert en pâture à de futurs riches clients, la femme « Zahia Couture », loin de toute notion d’érotisme tombe dans le pastiche et l’outrancier. Et quand enfin, clou du spectacle, la belle, clôt le numéro, vêtue d’une robe transparente en voile bordée de quelques pétales cachant intelligemment les zones « sensibles » de son corps, on comprend. On comprend que c’est encore là qu’elle excelle le mieux, aguicheuse, presque nue, offerte au public, mi offrande posée sur l’autel du Dieu Média, mi Symbole d’une nouvelle génération dont la célébrité, est l’unique ambition et qui souhaiterait lui ressembler.
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Défilé Lingerie Zahia Couture |
Et quand enfin, après quelques heures, la conférence de presse débute, l’image finit de s’effondrer. Discours répété minutieusement, univers non maitrisé, personnage fade clairement incapable d’avoir crée une collection de Mode, M6 capte quelques minutes dune interview désastreuse (depuis supprimée de la toile) qui ne laissa plus aucun doute sur les tenants et les aboutissants d’un simple prête nom dans l’objectif de créer un marque rentable financièrement.
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Interview donnée pour M6 |
Faut-il pour autant jeter la pierre à l’ancienne Escort Girl sortie du ruisseau ? Je ne pense pas. L’éminence grise de la mode, Jean-Jacques Picart en personne affirme : « La mode est le reflet parfait d’un moment, d’une société à une certaine heure, et aujourd’hui, beaucoup de barrières ont sautées. Si Zahia, qui est très probablement une fille maligne, peut trouver matière, dans le scandale d’il y a quelques mois, à se faire une nouvelle vie, tant mieux. ».
Ceux qui sont à blâmer en revanche, sont les professionnels du monde de la Mode et des Médias qui ont participés et qui continuent de participer à cette mascarade de mauvais goût avec comme seul objectif la Spectacularisation et l’appât de l’argent. Le destin de Zahia Dehar est très certainement un sujet intéressant à étudier dans son approche sociétale et sociologique, mais en aucun cas par le prisme d’un éventuel talent de créatrice de mode. Laissons d’ailleurs pour cela le soin à Mlle Adjani de dresser « l’émouvant portrait » de l’ex call-girl pour laquelle elle aurait eu un véritable « coup de cœur »…
Symbole d’une époque ou Comte de fée des temps moderne, le cas Zahia n’est décidément pas prêt de se terminer. Dans tous les cas, le prochain épisode, aura lieu le 9 juillet prochain, durant les pré-collections d'été, ou la jeune femme présentera une seconde ligne issue de la "Collection Couture Zahia", spécialement créée à son effigie. Affaire à suivre donc…
A.